Attaque d’al-Aqsa : les Palestiniens quasiment abandonnés

18/7/2017 Middle East Eye FR

La défense de la mosquée al-Aqsa, chérie par 1,6 milliard de musulmans de par le monde, a été laissée aux 300 000 Palestiniens de Jérusalem, qui font face à un occupant particulièrement brutal et impitoyable

 

Les implications de l’incident mortel de vendredi dernier à Al-Aqsa vont bien au-delà du droit à la prière.

Cinq citoyens israéliens ont été tués lors de cette attaque perpétrée à la porte des Lions qui donne accès au complexe d’al-Aqsa, le troisième site le plus sacré de l’islam et également le site le plus sacré du judaïsme, connu sous le nom de mont du Temple.

Les assaillants, trois cousins ​​de la famille Jabareen, étaient originaires de la ville arabe israélienne d’Um al-Fahm, qui se trouve juste à l’intérieur de la Ligne verte. Ils étaient dans le collimateur des forces de sécurité israéliennes qui les considéraient comme des menaces potentielles.

Les deux policiers israéliens tués lors de l’incident provenaient de la communauté druze minoritaire d’Israël. L’un venait de la ville essentiellement druze mais aussi arabe de Maghar et l’autre du village druze de Hurfeish.

Les corps des policiers ont été remis rapidement à leurs familles et ont été enterrés le jour même, alors que ceux des assaillants sont encore détenus par les autorités israéliennes.

La famille Jabareen a monté trois tentes consacrées au deuil à Um al-Fahm, lesquelles ont été rapidement démantelées suite aux ordres du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Lundi, le ministre israélien de la Sécurité publique, Gilad Erdan, a suggéré que les maisons des attaquants étaient susceptibles d’être démolies.

En raison de cette attaque, on pourrait observer dans les jours à venir une augmentation des tensions entre les communautés palestinienne et druze d’Israël. L’enrôlement des druzes dans l’armée israélienne n’est pas apprécié par les citoyens palestiniens d’Israël et par les résidents de Jérusalem, et des confrontations ont souvent lieu aux entrées d’al-Aqsa.

La première fois depuis 1969

Immédiatement après l’attaque, les autorités israéliennes ont évacué le lieu saint, expulsant toutes les personnes qui étaient venues y prier, ainsi que les responsables religieux et les employés du Waqf, l’entité qui administre le site, avant de le fermer. Les prières du vendredi ont été annulées et l’appel à la prière n’a plus été entendu.

Cela ne s’était pas produit depuis qu’un Australien avait mis le feu à la mosquée en août 1969, deux ans après l’occupation de Jérusalem-Est par Israël durant la guerre des Six jours.

Les forces israéliennes surveillent une rue menant à l’entrée principale d’al-Aqsa ce lundi. Les rues et les magasins de la vieille ville étaient vides alors que les Palestiniens protestaient contre les nouvelles mesures de sécurité imposées par Israël (M

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a téléphoné à Netanyahou et « a exprimé sa forte condamnation de la fusillade mortelle de Jérusalem et de la fermeture du lieu saint musulman de la mosquée al-Aqsa par Israël », selon l’agence de presse palestinienne WAFA.

Abbas a exprimé son « rejet de tout incident violent de toute part, en particulier dans les lieux de culte », et appelé Netanyahou à « mettre fin à la fermeture imposée du site sacré, mettant en garde contre les conséquences de ces mesures ».

Netanyahou a assuré à Abbas que le « statu quo » en vigueur dans le complexe ne changerait pas et a appelé toutes les parties au calme. Les Palestiniens n’ont pas apprécié la condamnation d’Abbas et sa cote de popularité est susceptible de baisser davantage, faisant de lui un partenaire pour la paix encore plus faible.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Selon le « statu quo » établi suite à l’occupation par Israël de Jérusalem-Est, y compris de la vieille ville, le Waqf jordanien administre le sanctuaire, les musulmans ont le droit d’y prier et les non-musulmans, y compris les juifs, peuvent le visiter mais ne peuvent y prier ou y pratiquer tout autre rituel religieux.

Le rôle spécial de la Jordanie à Jérusalem a été reconnu dans le traité de paix de 1994 entre Israël et la Jordanie, qui stipule qu’Israël « respecte le rôle spécial du royaume hachémite de Jordanie dans les sanctuaires musulmans à Jérusalem ».

Mais le traité ne va pas jusqu’à donner à la Jordanie une autorité juridique, politique ou religieuse sur les sanctuaires islamiques de Jérusalem.

À maintes reprises, Israël a poussé les limites du « statu quo », en particulier en permettant des visites plus fréquentes et nombreuses de colons, de responsables religieux et d’hommes politiques juifs sur le site, ce que les Palestiniens et le Waqf considèrent comme des incursions dans la mesure où elles ne sont pas coordonnées avec ce dernier. Cela a provoqué de fréquentes tensions entre Israël et la Jordanie et fait craindre aux Palestiniens qu’Israël ne cherche à imposer sa souveraineté sur le site.

En 2003, craignant qu’Israël change le statu quo à Jérusalem, Abbas a signé un accord avec le roi Abdallah de Jordanie pour solidifier la responsabilité de ce dernier vis-à-vis des lieux saints musulmans et chrétiens de Jérusalem.

Dans un communiqué, le palais royal jordanien avait alors déclaré : « Dans cet accord historique, Mahmoud Abbas a réitéré que le roi est le gardien des lieux saints à Jérusalem et qu’il a le droit de déployer tous les efforts juridiques nécessaires pour les préserver, en particulier la mosquée al-Aqsa ».

L’accord a également souligné « les principes historiques convenus par la Jordanie et la Palestine en vue d’exercer des efforts conjoints visant à protéger la ville et les lieux saints des tentatives israéliennes de judaïsation ».

Une réaction régionale mitigée

Alors qu’en 2014, la Jordanie a rappelé son ambassadeur pour protester contre les pratiques israéliennes sur le site, sa réaction à l’incident de vendredi dernier et à la fermeture de la mosquée a été plutôt discrète.

Le roi Abdallah a condamné l’attaque lors d’une conversation téléphonique avec Netanyahou et a vivement critiqué la fermeture de la mosquée décidée par Israël, exigeant sa réouverture.

Samedi soir, avant de partir pour sa visite d’État en France, Netanyahu a déclaré : « J’ai demandé à ce que des détecteurs de métaux soient placés aux portes d’entrée du mont du Temple. Nous installerons également des caméras de sécurité sur des poteaux situés en dehors du mont du Temple, mais qui donnent un contrôle presque total sur ce qu’il s’y passe.

« J’ai décidé que dès dimanche, dans le cadre de notre politique de maintien du statu quo, nous ouvrirons progressivement le mont du Temple, mais avec des mesures de sécurité renforcées. »

La déclaration de Netanyahou est contradictoire en soi car les mesures qu’il évoque ne font pas partie du statu quo. La Jordanie, pour sa part, n’a émis aucune autre réaction, ce qui est préoccupant pour les Palestiniens, qui s’attendaient à une action plus forte du roi.

Les Palestiniens sont également consternés par ce qu’ils considèrent comme une réaction discrète du monde arabe et musulman dans son ensemble à la fermeture de la mosquée – à l’exception du Qatar, dont le ministre des Affaires étrangères a déclaré que la fermeture d’al-Aqsa constituait « une grave violation des sites sacrés islamiques et une provocation pour des millions de musulmans à travers le monde ».

La Ligue arabe a demandé qu’al-Aqsa soit rouvert immédiatement et que cesse tout changement du statu quo. L’Égypte et la Turquie ont émis des déclarations plutôt clémentes. La Turquie a exprimé son regret pour l’incident, insisté sur la nécessité que le site reste ouvert et que sa fermeture par Israël soit immédiatement annulée.

Les inquiétudes concernant le troisième site le plus saint de l’islam déclenchent généralement des manifestations dans de nombreux pays arabes et musulmans, durant lesquelles l’on peut entendre les manifestants scander : « Nous sacrifierions notre vie et notre sang pour toi, al-Aqsa ». Ce slogan a été entendu à Jérusalem et en Jordanie, mais nulle part ailleurs.

En fait, la réponse globale du monde arabe et musulman est parmi les plus faibles jamais observées. Cela peut résulter de l’évolution du paysage politique au Moyen-Orient, qui a été provoquée par la récente visite du président américain Donald Trump dans la région et l’accent mis sur le terrorisme durant cette visite.

Après Riyad

Alors que les Palestiniens pourraient faire valoir que pour un peuple subissant une occupation illégale depuis 50 ans, les attaques contre « les forces d’occupation » constituent une forme légitime de résistance et non du terrorisme, le climat qui règne après la conférence de Riyad est moins favorable à cette idée.

La question du terrorisme, bien qu’aucune définition claire n’en ait émergé, est au cœur de l’impasse sans précédent entre le Qatar et quatre autres États arabes, y compris l’Égypte et l’Arabie saoudite.

L’ingérence d’Israël dans le droit des Palestiniens à bénéficier d’un accès sans entrave à al-Aqsa, accès qu’Israël pourrait rétablir progressivement, quoique selon des conditions sécuritaires plus strictes, a suscité leur colère, mais la situation ne retournera pas à ce qu’elle était avant l’attaque sans une action décisive de la Jordanie.

Alors que le monde arabe privilégie l’approche israélienne et américaine d’une paix régionale axée sur la normalisation, les autorités jordaniennes ont peut-être le sentiment qu’elles ne disposent pas du soutien de leurs frères arabes pour assurer le retour au statu quo.

La conclusion, pour le peuple palestinien, et en particulier pour les habitants de Jérusalem, est qu’ils ont été abandonnés.

Non seulement ils ont perdu le soutien de leurs frères et sœurs arabes et musulmans dans leur quête pour la libération, l’indépendance et la liberté, mais la défense d’al-Aqsa, chérie par 1,6 milliard de musulmans de par le monde, a été laissée aux 300 000 Palestiniens de Jérusalem, qui font face à un occupant particulièrement brutal et impitoyable.

Les ministres israéliens pourront se faciliter d’avoir su tirer profit de l’occasion de prendre le contrôle de ce site islamique vénéré, mais l’histoire montre qu’humilier les Palestiniens et écraser leurs espérances ne mènent qu’à davantage de violences.

 

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