La vision d’Abbas pour la paix a été tuée dans l’œuf

Publié initialement par Middle East Eye, édition française on 2/3/2018

Le président palestinien a appelé à la tenue d’une conférence internationale d’ici la mi-2018 pour reconnaître la Palestine en tant qu’État, mais les perspectives sont moroses face au parti pris américain en faveur d’Israël

Lors d’une récente réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, le président palestinien Mahmoud Abbas devait prononcer ce qui a été annoncé par ses conseillers comme un discours important décrivant son plan de paix après la fin tumultueuse de l’année 2017, lors de laquelle le président américain Donald Trump a promis de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et d’y transférer l’ambassade des États-Unis.

Avant son discours, Abbas a sondé un certain nombre de parties prenantes au processus de paix afin de voir si ces dernières étaient disposées à jouer un rôle plus important. Il a notamment rencontré la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le président russe Vladimir Poutine afin de demander à un groupe plus large de superviser les négociations internationales et d’assurer la reconnaissance d’un État palestinien.

Si Mogherini et Poutine ont tous deux rejeté la décision de Trump au sujet de Jérusalem, aucun des deux responsables n’a manifesté sa volonté de voir les États-Unis être mis de côté dans toute initiative de paix future.

Fustigé par les ambassadeurs

Dans son discours, Abbas a relayé sa vision de l’avenir et a demandé vers qui les Palestiniens pouvaient se tourner pour concrétiser leurs droits si le Conseil de sécurité de l’ONU les décevait. « Ce Conseil de sécurité est la plus haute entité auprès de laquelle les peuples du monde entier cherchent refuge et demandent une protection ; après ce conseil, nous remettrons notre problème entre les mains du Tout-Puissant. En effet, si notre peuple ne peut obtenir justice ici, à qui devrions-nous donc nous adresser ? », a-t-il demandé.

Abbas a demandé plusieurs choses, notamment la tenue d’une conférence de paix internationale d’ici la mi-2018 qui reconnaîtrait la Palestine en tant qu’État, la mise en œuvre de l’Initiative de paix arabe et l’abstention de toutes les parties quant à la prise de mesures unilatérales pendant le processus de négociation.

L’ensemble de mesures convenu devrait être approuvé par le Conseil de sécurité.

Les ambassadeurs d’Israël et des États-Unis ont par la suite ridiculisé Abbas, qui a quitté la scène immédiatement après son discours et qu’ils ont accusé d’avoir fui des « vérités » difficiles à entendre. « Je m’attendais à ce que M. Abbas reste pour entamer un dialogue, mais encore une fois, il s’est enfui au lieu d’écouter ce que nous avions à dire » a déclaré l’ambassadeur israélien Danny Danon, qui l’a accusé de ne plus faire « partie de la solution ». « Vous êtes le problème », a-t-il ajouté.

L’ambassadrice américaine Nikki Haley s’est également montrée très critique : « Il y a la voie des exigences absolutistes, de la rhétorique haineuse et de l’incitation à la violence, a-t-elle constaté. Cette voie n’a mené à rien et continuera de ne mener à rien d’autre que des difficultés pour le peuple palestinien. Autrement, il y a la voie de la négociation et du compromis. »

« L’accord du siècle »

Si le président palestinien s’attendait à quitter la scène sous les applaudissements enthousiastes du Conseil de sécurité, il a dû être très déçu. Si c’est de cet organe qu’il attend l’approbation de son plan, la convocation d’une conférence internationale pour cet été et la reconnaissance de la Palestine en tant qu’État, alors il aurait tout aussi bien pu s’épargner le déplacement.

L’appel d’Abbas en faveur d’une conférence internationale semble avoir été tué dans l’œuf lorsque l’on songe à la dernière tentative effectuée par la France, membre permanent du Conseil de sécurité, pour en organiser une dans des conditions politiques bien plus favorables, à savoir pendant les derniers jours de l’administration Obama.

La conférence a rassemblé environ 70 pays, dont ne faisaient pas partie Israël et les Palestiniens, tandis que la Grande-Bretagne a envoyé un responsable de second rang au lieu de son secrétaire aux affaires étrangères. Même les observateurs bien informés du conflit auraient du mal à se rappeler ce à quoi la conférence de Paris a abouti, alors que l’appel lancé à l’issue de celle-ci pour que le statut de Jérusalem ne soit pas modifié de manière unilatérale a été ignoré par Trump presque un an plus tard, jour pour jour.

Nikki Haley, ambassadrice américaine auprès des Nations unies, attend le discours du président palestinien Mahmoud Abbas devant le Conseil de sécurité, le 20 février 2018, sous les yeux du conseiller présidentiel américain Jared Kushner (AFP)

L’administration américaine continue de développer son « accord du siècle », alors que Haley a récemment averti que ni Israël, ni les Palestiniens n’allaient « l’apprécier ». Les Palestiniens devront rejeter l’accord si, comme des fuites l’ont laissé entendre, les questions centrales concernant Jérusalem et le statut des réfugiés palestiniens sont retirées de la table.

Israël aura pour sa part une grande influence sur l’accord, mais continuera d’affirmer que celui-ci ne répond pas à ses besoins en matière de sécurité – même s’il peut coopérer avec l’administration de Trump afin de l’améliorer. Plus ils l’« amélioreront », moins il sera favorable aux Palestiniens, qui seront fustigés pour leur « manque de respect » vis-à-vis de l’administration américaine.

Les jeux sont faits d’avance contre les Palestiniens

Comment une conférence internationale pourrait-elle être organiser avec ce genre de résultat quasi-certain et pourquoi Abbas a-t-il, de façon peu judicieuse, spécifié une date quasiment impossible à tenir pour ce processus, sachant que les jeux sont faits d’avance en sa défaveur ?

Le seul facteur qui pourrait rebattre les cartes serait un changement au poste de Premier ministre israélien. Alors que les chances de voir Benyamin Netanyahou rester au pouvoir évoluent de jour en jour, son absence pourrait changer la donne – mais avec une gauche faible et une droite israélienne enhardie, il est peu probable qu’une coalition de gauche ou un dirigeant de droite pragmatique en ressorte.

Il suffit d’énumérer les noms des Premiers ministres potentiels pour conclure qu’un changement de dirigeant ne ferait qu’affaiblir davantage les perspectives de paix : Naftali Bennett, Avigdor Lieberman, Moshe Kahlon, Yair Lapid, Avi Gabbay. Aucun ne désire la fin de l’entreprise de colonisation ou de l’occupation illégale de Jérusalem, ni l’émergence d’un État palestinien indépendant.

Gabbay, qui dirige le parti travailliste, s’oppose à la suppression des avant-postes, même les plus isolés, et a déclaré lors d’un meeting devant des activistes du parti : « Les Arabes doivent avoir peur de nous. Ils tirent un missile, on en tire vingt. C’est tout ce qu’ils comprennent au Moyen-Orient. »

Un climat de haine

On est loin d’un groupe d’individus qui veulent vraiment une paix juste. Et pourquoi ne profiteraient-ils pas d’une administration américaine solidement rangée derrière les objectifs expansionnistes d’Israël ?

Le lobby pro-israélien aux États-Unis a travaillé pendant des décennies pour obtenir une administration américaine qui, en plus de consentir aux exigences israéliennes, quelles qu’elles soient, emploie même les arguments produits par le ministère israélien des Affaires étrangères pour les défendre.

Parmi ces arguments figurent notamment des propos stipulant que « les colonies ne sont pas un obstacle à la paix », des références aux « réalités sur le terrain » et aux « besoins d’Israël en matière de sécurité », ainsi que des remarques au sujet du « traitement injuste » réservé à Israël, qui serait pris à parti de manière disproportionnée compte tenu de tout ce qui se passe au Moyen-Orient.

À LIRE : Conflit israélo-palestinien : les belles paroles de l’Union européenne

Les interférences de Trump à travers sa décision de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël auraient pu créer un climat beaucoup plus favorable à la paix – en l’occurrence s’il avait reconnu Jérusalem-Ouest comme capitale d’Israël et Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine et conditionné la construction de deux ambassades à la conclusion de pourparlers de paix fondés sur le droit international, disons en l’espace de deux ans.

Au lieu de cela, Trump a clairement affiché sa position, alimentant un climat de haine et de peur. L’espoir en Terre sainte s’est fait rare au cours des dernières décennies et Trump a complètement coupé les vannes.

À moins qu’il ne trouve le courage et la sagesse de revenir sur sa décision, les vannes de l’espoir resteront fermées, et ni les plaidoyers d’Abbas, ni un changement de dirigeant en Israël ne pourra les rouvrir de force. C’est une mauvaise nouvelle pour les Israéliens comme pour les Palestiniens.

 

– Kamel Hawwash est un professeur britannico-palestinien d’ingénierie à l’Université de Birmingham et un militant de longue date pour la justice, en particulier pour le peuple palestinien. Il est vice-président du British Palestinian Policy Council (BPPC) et membre du Comité exécutif de la Campagne de solidarité avec la Palestine (PSC). Hawwash apparaît régulièrement dans les médias comme commentateur sur les questions du Moyen-Orient. Il dirige le blog www.kamelhawwash.com. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @kamelhawwash. Il a rédigé cet article à titre personnel.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas prend la parole devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le 20 février 2018 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Les dirigeants palestiniens devraient se retirer poliment ou être renvoyés par le peuple

Translated from English

Published on the Middle East Eye édition française on 22/1/2018

Mahmoud Abbas va demander à l’Union européenne de reconnaître l’État de Palestine. Mais la cause et les sacrifices consentis par des millions de Palestiniens méritent beaucoup plus que ce que les dirigeants actuels ont accompli ou ne pourront jamais offrir

Lors de la dernière réunion du Conseil national palestinien à Ramallah, le président Mahmoud Abbas, en évoquant certaines des réussites palestiniennes des ces dernières années, a filé la métaphore du football.

Il a rappelé qu’en 1934, l’équipe palestinienne – battue un but à zéro – avait été privée par l’Égypte d’une place en Coupe du monde de football. Il leur a rappelé avec fierté qu’en 2009 la Palestine s’était classée 179e au classement mondial de la FIFA.

Elle est toutefois passée à la 80e place du classement récemment publié, alors qu’Israël se trouvait en 98e position, « malgré tous les efforts qu’ils ont déployés », a-t-il souligné.

Abbas attribue cette réussite aux efforts considérables de la Fédération palestinienne de football, mais ajoute toutefois qu’elle est aussi due au fait que le sport n’est pas politisé – et que quiconque voulant y participer peut le faire indépendamment de la faction politique à laquelle il appartient. Il a prédit en plaisantant qu’« un jour, nous pourrions même nous placer avant l’Amérique ».

Sa métaphore du football était intéressante, mais dans un sens différent.

La métaphore

Les dirigeants palestiniens pourraient-ils tirer des leçons de ce beau sport ? Si la Palestine était une équipe appartenant à l’une des leagues anglaises, comment son leadership gagnerait-il régulièrement, grimperait-il dans chaque ligue, serait-il promu et gagnerait-il ensuite le prix ultime du championnat voire (pour compléter la métaphore) sa liberté et son indépendance ?

En football, comme en politique, il faut créer des équipes gagnantes – sur le terrain comme en dehors des stades. Les clubs de football sont sur le marché pour détecter les talents, acheter les meilleurs joueurs du moment, mais aussi pour faire progresser ceux qu’ils ont déjà. Les pressions du jeu moderne sont telles qu’on ne peut se permettre de rester les bras croisés, d’autant plus quand on voit les équipes voisines renforcer leurs positions.

Si nous prenons la période des 23 ans écoulés depuis les accords d’Oslo, nous constatons que les Palestiniens s’éloignent de plus en plus de leur objectif mais, à la différence d’une équipe anglaise de football – qui ne cesse d’élaborer des stratégies, d’acheter et de vendre des joueurs et de changer d’entraîneurs –, l’équipe palestinienne a si peu été renouvelée.

Il est temps que les Palestiniens disent haut et fort que le leadership actuel fait partie du problème

Abbas et ses collègues les plus anciens ont entre 75 et 88 ans – quand on regarde des photos de la conférence du Conseil central palestinien (CCP), on peine à voir un jeune à la table d’honneur ou au premier rang.

Au cours d’un match, un entraîneur de football commencera par une formation donnée – censée être sa meilleure équipe – mais il la changera si les choses ne se passent pas comme prévu. Il misera parfois sur une formation défensive et parfois sur une formation offensive.

Il mettra certains joueurs au repos et placera sur le terrain des jeunes joueurs, pour qu’ils « se fassent les dents », contribuant ainsi à assurer fraîcheur et continuité. L’équipe palestinienne, elle, stagne depuis des décennies.

Le président palestinien Mahmoud Abbas, lors d’une réunion du comité exécutif de l’OLP, en avril 2015 à Ramallah, en Cisjordanie (AFP)

Alex Ferguson a connu 27 ans de succès à Manchester United. Il a construit une base – d’abord une équipe victorieuse – mais ses treize trophées de Premier League anglaise n’ont pas été remportés par la même équipe, mais par trois ou quatre.

Un grand nombre des principaux joueurs de l’équipe palestinienne sont toujours là, 24 ans après Oslo.

Un futur leadership

Si l’argument en faveur du maintien de la « vieille garde » palestinienne repose sur ses connaissances et son expérience, alors un examen attentif du côté opposé, Israël, balaie cet argument. En Israël, la « vieille garde » a largement disparu, laissant place à de « nouveaux talents », des Bennett, Shaked, Hotovely, ou encore Danon.

Il se trouve que ce sont des extrémistes et, sur la durée, leur leadership pourrait conduire Israël à l’isolement et au désastre (mais ce n’est pas le sujet). Ils ont eu l’occasion de développer leurs compétences politiques au plus haut niveau.

D’où viendra la prochaine génération de dirigeants palestiniens ? Peut-on en nommer cinq qui gagnent en notoriété ? Il est indubitable qu’un peuple qui compte près de quatorze millions d’habitants en Palestine historique, dans les camps de réfugiés, sans oublier ceux de la diaspora, et qui est très instruit, ne peut qu’avoir engendré un leadership dans l’attente d’émerger.

À 62 ans, Saeb Erekat est l’un des plus jeunes membres de la « vieille garde » palestinienne. Depuis la conférence de Madrid, il participe aux négociations – et, depuis 1995, en qualité de négociateur en chef palestinien. Il a démissionné à plusieurs reprises, mais sa démission n’a jamais été acceptée par le président Abbas.

Le leadership palestinien doit s’imposer des changements radicaux s’il espère se montrer à la hauteur des difficultés à venir. La cause, et les sacrifices consentis en son nom par des millions de Palestiniens, méritent beaucoup plus que ce que les dirigeants actuels ont accompli ou ne pourront jamais offrir.

Malgré la tradition du Moyen-Orient, de respecter les anciens et tenir en haute estime ceux qui, dans le passé, ont fait pour la cause d’énormes sacrifices, il arrive un moment où ils doivent prendre leur retraite avec grâce ou être renvoyés par le peuple palestinien.

Joueuses palestiniennes lors d’un match de qualification contre la Thaïlande, pendant la Coupe d’Asie de football féminin, à Al-Ram, en Cisjordanie, en avril 2017 (AFP)

Il est vrai que la tâche à laquelle sont confrontés les dirigeants palestiniens, jeunes ou vieux, expérimentés ou non, est énorme. Ils sont confrontés à un ennemi très organisé et stratège, qui en plus d’un siècle leur a volé leur patrie, tout fait pour la garder et, à terme, a la ferme intention de tous les en expulser. Qu’on ne se méprenne pas sur l’objectif ultime d’Israël.

Il est temps que les Palestiniens disent haut et fort que le leadership actuel fait partie du problème. Ils agissent en grande partie comme si la Palestine avait été libérée, comme un État en bonne et due forme, avec ses ministres, ses ministères et ses pièges du pouvoir. Or, en réalité, même Abbas a besoin d’une autorisation d’Israël pour se déplacer d’une ville à l’autre et le Premier ministre palestinien risque toujours d’être arrêté par l’armée israélienne en Cisjordanie pour un excès de vitesse.

Jeu à deux mi-temps

Mais les dirigeants palestiniens ont fait leurs plus grandes erreurs de jugement lors des négociations avec Israël, sous la direction d’Erekat – dont les concessions trop généreuses ont été dénoncées par Al Jazeera dans les journaux palestiniens –, notamment lorsqu’a été offert à Israël, sur un plateau, le « plus grand Jérusalem de l’histoire ».

Si Abbas a choisi de négocier avec Israël, c’est uniquement comme moyen de parvenir à la paix. Mais il a sous-estimé le parti pris de l’Amérique en faveur d’Israël, quelles que soient les administrations successives. Abbas avait-il vraiment besoin que Trump vende la mèche pour qu’Abbas comprenne que l’impartialité des États-Unis n’est qu’un simulacre ?

Même lorsqu’il a eu l’occasion de faire réellement pression sur Israël – comme avec l’arrêt de la Cour internationale de justice sur le mur de séparation et le rapport Goldstone –, Abbas et son équipe, n’en ont pas profité. Aucune de ces deux opportunités n’a été utilisée à bon escient.

Les dirigeants sont responsables de la décision de ne pas avoir tiré le meilleur parti du rapport et de la pensée dominante selon laquelle Israël serait d’une certaine manière, obligée de faire des concessions. Ils se sont lourdement trompés.

Le célèbre dirigeant de Liverpool, Bill Shankly, a déclaré : « Certains pensent que le football est une question de vie ou de mort. Je suis très déçu de cette attitude. Je peux vous assurer que l’enjeu est bien plus important que ça ».

Pour le peuple palestinien, la Palestine est bien plus qu’une question de vie et de mort et il veut voir ses dirigeants mettre la barre très haut. Ils pourraient prendre exemple sur un autre célèbre entraîneur de football anglais, Bill Nicholson, un ancien dirigeant de Tottenham, qui a déclaré : « Il est préférable d’échouer en ayant visé haut que de réussir en ayant visé bas. Et nous, les Spurs, avons placé la barre très haut, si haut en fait que même l’échec aura pour nous saveur de gloire ».

La lutte palestinienne contre le sionisme dure depuis longtemps. Selon une expression très répandue dans le football, il s’agit d’un « jeu à deux mi-temps ».

Si les Palestiniens considèrent les 70 dernières années comme la première mi-temps de la rencontre, c’est Israël qui a marqué le plus grand nombre de buts. Et s’ils veulent avoir une chance de retourner la situation dans les 70 prochaines années, en marquant le but de la victoire en fin de match, ils ont besoin d’une nouvelle équipe, une dream team dynamique, réactive, fertile en idées neuves et qui œuvre à développer une nouvelle stratégie de libération, comme jamais les dirigeants actuels n’en ont élaborée.

Il faut parfois être cruel pour faire du bien. Obtenir la libération exige d’urgence de souffler le coup de sifflet final et de se préparer à une fameuse contre-attaque.

 

– Kamel Hawwash est un professeur britannico-palestinien d’ingénierie à l’Université de Birmingham et un militant de longue date pour la justice, en particulier pour le peuple palestinien. Il est vice-président du British Palestinian Policy Council (BPPC) et membre du Comité exécutif de la Campagne de solidarité avec la Palestine (PSC). Hawwash apparaît régulièrement dans les médias comme commentateur sur les questions du Moyen-Orient. Il dirige le blog www.kamelhawwash.com. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @kamelhawwash. Il a rédigé cet article à titre personnel.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : Le président Abbas préside une réunion du Comité exécutif de l’OLP au siège de l’Autorité palestinienne à Ramallah, en septembre 2017 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par Dominique Macabies.

Terroriser les enfants palestiniens, une politique israélienne délibérée

Published by the Middle East Eye French Edition on 9/1/2018

Le père fondateur d’Israël, David Ben Gourion, a dit un jour à propos des Palestiniens : « Les vieux mourront et les jeunes oublieront. » Il avait tort

Au début de la deuxième Intifada, en 2000, l’image de Mohammed al-Durah, un Palestinien de 12 ans que son père essayait de protéger des tirs israéliens en suppliant les soldats de cesser le feu, est devenue emblématique. Les balles ont continué de siffler et Mohammed est mort de ses blessures.

Presque un mois plus tard, une autre image d’un enfant palestinien pris au milieu du conflit est devenue virale.

Fares Odeh (14 ans) a été filmé en train de jeter courageusement des pierres sur un char israélien dans la bande de Gaza. Il a été tué par les forces israéliennes le 8 novembre de la même année.

De la pure haine

Mercredi dernier, l’armée israélienne a tué Musab Firas al-Tamimi (17 ans), originaire du village de Deir Nitham en Cisjordanie, faisant de lui le premier Palestinien abattu par les forces israéliennes en 2018.

En 2004, la mort d’Iman Darweesh al-Hams (13 ans) a parfaitement illustré la cruauté israélienne, et ce que les Palestiniens considèrent comme de la pure haine envers leurs enfants. Elle a été abattue par les soldats de l’armée israélienne depuis un poste d’observation dans ce qu’Israël a déclaré être une zone « tampon » près de la route Philadelphi à Rafah.

Comme si cela ne suffisait pas, le commandant des soldats de l’armée israélienne a vidé tout le chargeur de son fusil automatique sur le corps de l’enfant. Un an plus tard, ce commandant n’a exprimé aucun regret concernant ses actions au cours du procès et a déclaré qu’il aurait « fait la même chose même si la fillette avait eu 3 ans ».

Il a été acquitté de toutes les accusations majeures.

Selon Défense des Enfants International-Palestine (DCIP), 595 enfants ont été tués durant la seconde Intifada, au cours de laquelle les meurtres mentionnés ci-dessus se sont produits.

Des enfants palestiniens font du vélo à côté de soldats israéliens qui patrouillent dans la vieille ville d’Hébron en Cisjordanie en décembre 2005 (AFP)

Ces dernières années, les enfants de Gaza ont souffert à maintes reprises aux mains de l’armée israélienne, en particulier au cours des trois dernières guerres majeures. La guerre de 2008-2009 a entraîné la mort de 280 enfants. Trente-trois enfants sont morts au cours de la guerre de 2012 et 490 lors de la guerre la plus récente, en 2014.

Entre 2000 et 2017, DCIP rapporte que 2 022 enfants palestiniens ont été tués par les forces israéliennes, soit une moyenne de 25 par mois. Au cours de la même période, 137 enfants israéliens ont été tués par des Palestiniens.

Il ne s’agit bien sûr pas de comparer les bilans, mais cela donne une indication de l’impact terrible de l’occupation israélienne et des guerres répétées sur les Palestiniens, en particulier sur les enfants.

Il est important de noter que, contrairement aux enfants israéliens tués dans le conflit, la plupart des enfants palestiniens tués par Israël sont anonymes, englobés dans les décomptes de victimes. Les médias israéliens s’assurent en revanche que les noms et les photos des enfants israéliens morts sont diffusés le plus largement possible.

Enfants dans les tribunaux militaires

Il n’y a actuellement aucun enfant israélien détenu par des Palestiniens. En comparaison, environ 450 enfants palestiniens ont été placés en détention par Israël. Ils sont jugés par des tribunaux militaires, amenés devant les juges militaires enchaînés – comme le monde l’a vu après qu’Ahed al-Tamimi (16 ans) a été enlevée aux premières heures du 20 décembre dernier.

 

Selon DCIP, 500 à 700 enfants palestiniens sont détenus chaque année par Israël. L’accusation la plus courante est le jet de pierres. Cependant, DCIP estime que depuis 2000, au moins 8 000 enfants palestiniens ont été arrêtés et poursuivis dans le cadre du système de détention militaire israélien.

DCIP rapporte que dans 590 des cas documentés entre 2012 et 2016, 72 % des enfants palestiniens détenus ont dit avoir subi des violences physiques et 66 % ont fait l’objet de violences verbales et d’humiliations.

Selon Khaled Quzmar, directeur général de DCIP, « malgré les contacts permanents avec les institutions de l’ONU et les appels répétés au respect du droit international, l’armée et la police israéliennes continuent les arrestations nocturnes, la violence physique, la coercition et les menaces contre les enfants palestiniens ».

Une fois emmenés dans un véhicule de l’armée israélienne, ils sont malmenés et, dans certains cas, emmenés en Israël, ce qui est contraire au droit international humanitaire. Ils sont souvent interrogés sans la présence d’un parent ou d’un avocat et sont souvent invités à signer des aveux en hébreu qu’ils ne savent pas lire.

Visés de manière disproportionnée

Les enfants de Jérusalem et d’Hébron semblent être visés de manière disproportionnée. Une vidéo de l’armée israélienne détenant un garçon de 5 ans à Hébron a fait la une des journaux du monde entier. Un autre enfant de 6 ans a été détenu pendant cinq heures dans le camp de réfugiés de Jalazun, en Cisjordanie.

Tareq Abukhdeir, un adolescent américano-palestinien qui a été passé à tabac par la police israélienne, n’a reçu aucune assistance du consulat américain à Jérusalem-Est. Son cousin Mohammed a été brûlé vif par des terroristes juifs plus tôt la même année.

Il semble qu’Israël applique une politique délibérée visant à terroriser les enfants palestiniens afin de les dissuader de s’engager dans la résistance palestinienne à l’âge adulte.

Dans de nombreuses affaires, le processus d’arrestation commence avec l’enlèvement des enfants chez eux à l’aube, les arrachant à leurs lits.

Le lit d’un enfant, sa maison sont des endroits où les enfants devraient se sentir en sécurité, mais ce n’est pas le cas des enfants palestiniens. Un coup à la porte, un nom crié, l’entrée forcée d’une chambre à coucher peut arriver à n’importe quel enfant palestinien et sans crier gare. On ne tient aucun compte de l’âge ou des circonstances.

Beaucoup d’enfants palestiniens sont maintenant sur « les registres d’Israël ». Cela rend plus facile pour Israël de faire appel à eux à tout moment, soit pour des soupçons d’implication dans des jets de pierres, soit pour arracher des preuves contre d’autres.

Une longue liste

L’adolescente palestinienne Ahed Tamimi rejoint maintenant une longue liste de détenus. Au lieu d’essayer de comprendre pourquoi Ahed s’en est prise au soldat qui est venu sans y être invité dans son village occupé illégalement, le ministre israélien de l’Éducation a suggéré qu’elle et d’autres jeunes filles palestiniennes devaient « passer le reste de leurs jours en prison ».

Le célèbre journaliste israélien Ben Caspit écrivait pour sa part que « dans le cas des filles, nous devrions les faire payer à une autre occasion, dans l’obscurité, sans témoin ni caméra ».

Israël accuse souvent les Palestiniens d’inciter les enfants et les jeunes adultes à résister à l’occupation, y compris par la violence. Mettre fin à l’incitation à la haine a été ajouté à une liste de plus en plus longue d’exigences israéliennes imposées aux Palestiniens.

La photo de l’arrestation de l’adolescent palestinien Fawzi al-Junaidi, prise par le photographe palestinien Wisam Hashlamoun, est devenue virale sur les réseaux sociaux le 7 décembre 2017 (Twitter/@marro_lb)

Cependant, les enfants n’ont besoin d’aucune incitation de la part de qui que ce soit lorsqu’ils vivent l’occupation et les humiliations au quotidien.

Alors que de nombreux enfants palestiniens inspirent les autres par leur fermeté et leur résistance, d’autres enfants palestiniens représentent aussi un symbole d’espoir alors qu’ils luttent sur différents fronts, en remportant des compétitions internationales. Afaf Sharif(17 ans) a battu 7,4 millions de participants pour remporter le titre de champion de l’Arab Reading Challenge cette année.

En 2015, Dania Husni al-Jaabari (14 ans) et Ahmad Ayman Nashwieh (8 ans) ont remporté respectivement les première et deuxième places du concours Intelligent Mental-Arithmetic à Singapour, battant 3 000 autres enfants. Deux ans plus tôt, Areej el-Madhoon (14 ans) avait remporté le même concours.

À LIRE : Destruction : la rentrée scolaire dans les territoires palestiniens occupés

Les enfants palestiniens nés dans la diaspora ont également inspiré les autres. Leanne Mohamad, une jeune Palestinienne de 15 ans, a remporté un défi régional d’expression à Londres en 2015-2016 en évoquant les effets de la Nakba sur les Palestiniens. Nous ne saurons jamais si elle aurait gagné la compétition principale puisque son prix a été retiré par les organisateurs sous la pression de groupes pro-israéliens.

Le père fondateur d’Israël, David Ben Gourion, a dit un jour à propos des Palestiniens : « Les vieux mourront et les jeunes oublieront. » Il avait tort.

 

– Kamel Hawwash est un professeur britannico-palestinien d’ingénierie à l’Université de Birmingham et un militant de longue date pour la justice, en particulier pour le peuple palestinien. Il est vice-président du British Palestinian Policy Council (BPPC) et membre du Comité exécutif de la Campagne de solidarité avec la Palestine (PSC). Hawwash apparaît régulièrement dans les médias comme commentateur sur les questions du Moyen-Orient. Il dirige le blog www.kamelhawwash.com. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @kamelhawwash. Il a rédigé cet article à titre personnel.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : une Palestinienne tient une affiche montrant un enfant qui pleure lors d’une manifestation en soutien aux enfants de la bande de Gaza en juillet 2014 dans la ville de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Le pire accord de l’histoire ? Trump veut faire de Jérusalem la capitale d’Israël

Middle East Eye 6/12/2017

Année terrible pour les Palestiniens, 2017 pourrait s’achever sur une note encore plus amère puisque Trump s’apprête à offrir Jérusalem à Israël sur un plateau

Les Palestiniens espéraient que l’année 2017, qui marque le centenaire de la déclaration Balfour, les 70 ans de la Nakba et les 50 ans de l’occupation de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza par Israël, serait également marquée par les excuses du Royaume-Uni pour la déclaration Balfour et par la reconnaissance internationale de la nécessité de mettre un terme rapidement aux injustices qu’ils subissent depuis si longtemps.

Leurs espoirs ont été balayés.

Plutôt que de faire des excuses, la Grande-Bretagne a exprimé sa grande fierté quant au rôle qu’elle a joué dans la création d’Israël, dans le silence assourdissant de la communauté internationale.

La déclaration Trump

Tandis que les Palestiniens pansaient leurs blessures et menaçaient à nouveau de poursuivre les responsables israéliens devant la Cour pénale internationale (CPI), les pays arabes ont fait pression pour les en dissuader. L’administration Trump a menacé de fermer les bureaux de l’OLP à Washington si les Palestiniens entamaient leur démarche auprès de la CPI.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a été convoqué à Riyad pour se voir annoncer sans ambages qu’il n’avait d’autre choix que d’accepter l’accord de paix formulé par l’administration Trump ou de démissionner.

Il semblerait que l’annus horribilis 2017 puisse se terminer sur une note encore plus amère pour les Palestiniens. Et les spéculations vont bon train : une « autre déclaration » serait en préparation.

Selon plusieurs médias, le président américain s’apprêterait à émettre ce que l’on pourrait appeler la « déclaration Trump », selon laquelle les États-Unis reconnaissent Jérusalem comme capitale d’Israël. Un seul autre État considère cette allégation comme vraie : Israël.

Ce faisant, Trump va « offrir » la ville, sacrée pour les trois religions monothéistes, à un État extrémiste et colonisateur pour en faire sa capitale, au mépris du droit international et du « consensus international sur son statut ».

Les Palestiniens considèrent que Jérusalem-Est est leur capitale et la plupart des États considèrent qu’elle est actuellement occupée illégalement.

Lors de son discours à la conférence de l’AIPAC en 2015, Trump avait promis : « Nous transférerons l’ambassade américaine dans la capitale éternelle du peuple juif, Jérusalem ». Toutefois, lorsque l’opportunité de passer à l’action s’est présentée en juin, il s’est abstenu.

Pour ce faire, il avait signé une dérogation reportant le transfert de six mois. Trump a suivi en cela les pas de Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama qui avaient signé des dérogations similaires (35 au total) depuis l’adoption, à une écrasante majorité, du Jerusalem Embassy Act par les deux chambres du Congrès en 1995.

À mesure que le choix entre la dérogation et l’autorisation du transfert de l’ambassade approchait, Israël et le lobby pro-israélien américain ont exercé une pression croissante pour que Trump respecte la promesse qu’il avait faite avant d’être élu. Son ambassadeur en Israël, David Friedman, est sur le point de devenir le premier ambassadeur des États-Unis en Israël à opérer depuis Jérusalem.

« Si Trump reconnaît Jérusalem, sacrée pour les trois religions monothéistes, en tant que capitale d’Israël, il offrira la ville à un État extrémiste colonialiste » (AFP)

Jérusalem-Est et Jérusalem ouest

Dore Gold, ancien directeur-général du ministère israélien des Affaires étrangères, a déclaré devant le Congrès qui siégeait sur « les défis et les opportunités du déplacement » de la capitale : « le président Donald Trump s’est engagé à cet égard et je crois qu’il s’en tiendra à ce qu’il a dit », en référence à la promesse de Trump de transférer l’ambassade.

Le vice-président américain Mike Pence a fait naître l’espoir d’un possible transfert de l’ambassade lors de son discours à l’occasion d’un rassemblement en commémoration du 70e anniversaire de la résolution 181 de l’ONU qui prévoyait la partition de la Palestine mandataire en un État juif et un État arabe.

Il a choisi cette occasion pour annoncer que « le président Donald Trump étudi[ait] sérieusement quand et comment transférer l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem ».

Si cette spéculation se réalise, Trump décidera peut-être de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël, avec quelques réserves, tout en reportant à nouveau le transfert effectif.

Il envisagera même peut-être de faire la distinction entre Jérusalem-Est et Ouest comme le ministre russe des Affaires étrangères en avril dernier dans une déclaration en ces termes : « La Russie réaffirme son attachement aux principes approuvés par l’ONU pour un règlement du conflit israélo-palestinien, avec Jérusalem-Est comme capitale du futur État palestinien. En même temps, nous devons affirmer que, dans ce contexte, nous considérons Jérusalem-Ouest comme la capitale d’Israël. »

Toutefois, Trump est toujours imprévisible et pourrait aller jusqu’au bout en déclarant, en une trentaine de mots : « en tant que président des États-Unis, je suis fier d’annoncer que j’ai décidé de transférer l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem, la capitale éternelle du peuple juif ».

Il pourra soutenir qu’il ne fait qu’appliquer l’un des nombreux engagements qu’il a pris lors de la campagne électorale de 2016.

Les réactions arabes et musulmanes

Quelle serait la réaction en Palestine, en Israël et dans le reste du monde ? Cela enflammera-t-il les rues de Palestine, du monde arabe et du monde musulman ? Cela nous rapprochera-t-il d’une confrontation entre l’Iran et Israël ?

S’agira-t-il de la dernière goutte qui fera déborder le vase pour les dirigeants palestiniens ? Cela provoquera-t-il une rupture des relations entre l’OLP et les États-Unis, voire l’exécution de la menace souvent brandie d’une autodissolution de l’AP et de l’abandon par Mahmoud Abbas des clés de la Mouqata’a, son quartier général, à Benyamin Netanyahou ?

La colère sera-t-elle dirigée contre les États-Unis et leur président impulsif, contre la puissance occupante israélienne ou contre l’Autorité palestinienne et son président ? Nous vivons dans une époque tellement truffée d’incertitudes que n’importe lequel de ces scénarios est possible, voire une combinaison entre ces scénarios, alors qu’ils auraient été considérés comme impossibles autrefois.

Traduction : « La reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale israélienne malgré les résolutions de l’ONU détruirait tous les efforts déployés en faveur de la paix. Les tentatives d’annexion et les colonies doivent être condamnées et non encouragées. »

Le monde arabe, en proie aux troubles et dont le leadership est transmis à la prochaine génération dans certains pays, a relégué la question palestinienne derrière la menace de l’Iran, la « lutte contre le terrorisme » et le chaos qui continue de toucher un certain nombre de points chauds du « Printemps arabe ».

L’Autorité palestinienne a déjà formulé des mises en garde contre les conséquences désastreuses qui résulteraient d’une telle initiative et le président Abbas est entré en contact avec des dirigeants arabes et d’autres dirigeants mondiaux pour demander leur soutien afin de dissuader Trump d’agir de la sorte.

Peut-être a-t-il été rassuré par la déclaration du ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Joubeir, qui, lors d’une récente session du Dialogue méditerranéen à Rome, a affirmé que tout changement apporté au statut de Jérusalem-Est ferait enrager le monde arabe.

Poignée de mains entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à l’issue de déclarations faites à Jérusalem, en mai dernier (AFP)

Cependant, les rapports décrits comme étroits entre le gendre et conseiller de Trump Jared Kushner et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane semblent destinés à accabler davantage les Palestiniens afin de les forcer à céder du terrain à la place d’Israël. Si le prix du soutien américain apporté à l’Arabie saoudite contre l’Iran est la cession de Jérusalem, le jeune prince sera-t-il capable de résister ?

Même si Abbas a recueilli du soutien auprès de la plupart des destinataires de ses appels, il convient de se demander si cela se traduira par une pression suffisante. Les Palestiniens qui attendent une réponse plus ferme de l’Iran risquent d’être déçus.

Une stratégie de libération

Il est quasiment certain que les 193 pays qui reconnaissent la Palestine rejettent l’initiative. L’UE devrait la rejeter et maintenir sa position ; ses États membres devraient garder leur ambassade à Tel Aviv et peut-être même refuser de faire des affaires dans une ambassade américaine installée à Jérusalem.

Cependant, certains États qui se sont rangés du côté d’Israël à l’Assemblée générale des Nations unies, dont l’Australie et le Canada, pourraient être tentés de suivre le mouvement. En 2014, le procureur général australien a déclaré au Sénat que son pays ne reconnaîtrait plus Jérusalem-Est comme étant « occupée » et la considérerait de ce fait comme un territoire israélien.

Les premières indications nous orientent certainement vers des manifestations à Gaza et en Cisjordanie ; néanmoins, la plupart des Palestiniens ne peuvent atteindre l’ambassade américaine à Tel Aviv dans la mesure où ils ont besoin de permis pour entrer en Israël, ce qu’ils n’auront pas s’ils souhaitent y entrer dans ce but.

Les citoyens palestiniens d’Israël, qui constituent un cinquième de la population israélienne, tout comme d’autres Israéliens qui voient à quel point cette situation est problématique pour les perspectives de paix à long terme, pourraient rallier l’ambassade, mais ces protestations ont peu de chances d’être prolongées.

Cela représenterait un grand défi pour les Palestiniens de Jérusalem qui se sont soulevés l’été dernier contre la fermeture de la mosquée al-Aqsa en protestant pacifiquement jusqu’à la réouverture du lieu saint et jusqu’au retrait des mesures de sécurité qu’Israël souhaitait mettre en œuvre.

Ils pourraient protester devant le consulat américain à Jérusalem-Est, mais cela ne sera efficace que si une campagne organisée, qui exhorterait Trump à revenir sur sa déclaration et qui les inclurait, prend de l’ampleur et rencontre un succès rapide.

Les protestations seront donc plus probablement virtuelles, avec des « tempêtes de tweets » et des hashtags appropriés, ce qui pourrait permettre initialement de soulever le problème, sans toutefois donner lieu à un revirement de décision.

L’Autorité palestinienne a fondé toute sa stratégie pour résoudre le conflit israélo-palestinien sur une solution à deux États avec Jérusalem-Est comme capitale d’un futur État palestinien, ce qui fait de Jérusalem-Est une ligne rouge.

À LIRE : EXCLUSIF : Pour les Palestiniens, l’« accord ultime » de Trump est un ultimatum

Si celle-ci est franchie, qu’offrirait donc réellement l’« accord ultime » de Trump ? Des fuites ont indiqué que les questions de Jérusalem et du droit au retour des réfugiés seraient reportées, mais que les colonies israéliennes seraient maintenues et qu’aucun colon ne serait obligé de partir.

Le moment semble venu pour Abbas de s’inspirer de la fameuse politique du Brexit employée par la Première ministre britannique Theresa May, selon laquelle l’absence d’accord est meilleure qu’un mauvais accord, et de s’en arrêter là.

S’il doit être question aujourd’hui d’un « mercredi noir » et si Trump reconnaît Jérusalem en tant que capitale d’Israël, alors il sera sûrement temps pour l’AP de se dissoudre et pour les Palestiniens de développer leur stratégie de libération et de quête de leurs droits.

À moins, bien sûr, que l’Autorité palestinienne n’ait un plan « malin » qu’Abbas cacherait si bien contre sa poitrine qu’il n’en aurait discuté avec personne pour éviter les fuites.

 

Attaque d’al-Aqsa : les Palestiniens quasiment abandonnés

18/7/2017 Middle East Eye FR

La défense de la mosquée al-Aqsa, chérie par 1,6 milliard de musulmans de par le monde, a été laissée aux 300 000 Palestiniens de Jérusalem, qui font face à un occupant particulièrement brutal et impitoyable

 

Les implications de l’incident mortel de vendredi dernier à Al-Aqsa vont bien au-delà du droit à la prière.

Cinq citoyens israéliens ont été tués lors de cette attaque perpétrée à la porte des Lions qui donne accès au complexe d’al-Aqsa, le troisième site le plus sacré de l’islam et également le site le plus sacré du judaïsme, connu sous le nom de mont du Temple.

Les assaillants, trois cousins ​​de la famille Jabareen, étaient originaires de la ville arabe israélienne d’Um al-Fahm, qui se trouve juste à l’intérieur de la Ligne verte. Ils étaient dans le collimateur des forces de sécurité israéliennes qui les considéraient comme des menaces potentielles.

Les deux policiers israéliens tués lors de l’incident provenaient de la communauté druze minoritaire d’Israël. L’un venait de la ville essentiellement druze mais aussi arabe de Maghar et l’autre du village druze de Hurfeish.

Les corps des policiers ont été remis rapidement à leurs familles et ont été enterrés le jour même, alors que ceux des assaillants sont encore détenus par les autorités israéliennes.

La famille Jabareen a monté trois tentes consacrées au deuil à Um al-Fahm, lesquelles ont été rapidement démantelées suite aux ordres du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Lundi, le ministre israélien de la Sécurité publique, Gilad Erdan, a suggéré que les maisons des attaquants étaient susceptibles d’être démolies.

En raison de cette attaque, on pourrait observer dans les jours à venir une augmentation des tensions entre les communautés palestinienne et druze d’Israël. L’enrôlement des druzes dans l’armée israélienne n’est pas apprécié par les citoyens palestiniens d’Israël et par les résidents de Jérusalem, et des confrontations ont souvent lieu aux entrées d’al-Aqsa.

La première fois depuis 1969

Immédiatement après l’attaque, les autorités israéliennes ont évacué le lieu saint, expulsant toutes les personnes qui étaient venues y prier, ainsi que les responsables religieux et les employés du Waqf, l’entité qui administre le site, avant de le fermer. Les prières du vendredi ont été annulées et l’appel à la prière n’a plus été entendu.

Cela ne s’était pas produit depuis qu’un Australien avait mis le feu à la mosquée en août 1969, deux ans après l’occupation de Jérusalem-Est par Israël durant la guerre des Six jours.

Les forces israéliennes surveillent une rue menant à l’entrée principale d’al-Aqsa ce lundi. Les rues et les magasins de la vieille ville étaient vides alors que les Palestiniens protestaient contre les nouvelles mesures de sécurité imposées par Israël (M

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a téléphoné à Netanyahou et « a exprimé sa forte condamnation de la fusillade mortelle de Jérusalem et de la fermeture du lieu saint musulman de la mosquée al-Aqsa par Israël », selon l’agence de presse palestinienne WAFA.

Abbas a exprimé son « rejet de tout incident violent de toute part, en particulier dans les lieux de culte », et appelé Netanyahou à « mettre fin à la fermeture imposée du site sacré, mettant en garde contre les conséquences de ces mesures ».

Netanyahou a assuré à Abbas que le « statu quo » en vigueur dans le complexe ne changerait pas et a appelé toutes les parties au calme. Les Palestiniens n’ont pas apprécié la condamnation d’Abbas et sa cote de popularité est susceptible de baisser davantage, faisant de lui un partenaire pour la paix encore plus faible.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Selon le « statu quo » établi suite à l’occupation par Israël de Jérusalem-Est, y compris de la vieille ville, le Waqf jordanien administre le sanctuaire, les musulmans ont le droit d’y prier et les non-musulmans, y compris les juifs, peuvent le visiter mais ne peuvent y prier ou y pratiquer tout autre rituel religieux.

Le rôle spécial de la Jordanie à Jérusalem a été reconnu dans le traité de paix de 1994 entre Israël et la Jordanie, qui stipule qu’Israël « respecte le rôle spécial du royaume hachémite de Jordanie dans les sanctuaires musulmans à Jérusalem ».

Mais le traité ne va pas jusqu’à donner à la Jordanie une autorité juridique, politique ou religieuse sur les sanctuaires islamiques de Jérusalem.

À maintes reprises, Israël a poussé les limites du « statu quo », en particulier en permettant des visites plus fréquentes et nombreuses de colons, de responsables religieux et d’hommes politiques juifs sur le site, ce que les Palestiniens et le Waqf considèrent comme des incursions dans la mesure où elles ne sont pas coordonnées avec ce dernier. Cela a provoqué de fréquentes tensions entre Israël et la Jordanie et fait craindre aux Palestiniens qu’Israël ne cherche à imposer sa souveraineté sur le site.

En 2003, craignant qu’Israël change le statu quo à Jérusalem, Abbas a signé un accord avec le roi Abdallah de Jordanie pour solidifier la responsabilité de ce dernier vis-à-vis des lieux saints musulmans et chrétiens de Jérusalem.

Dans un communiqué, le palais royal jordanien avait alors déclaré : « Dans cet accord historique, Mahmoud Abbas a réitéré que le roi est le gardien des lieux saints à Jérusalem et qu’il a le droit de déployer tous les efforts juridiques nécessaires pour les préserver, en particulier la mosquée al-Aqsa ».

L’accord a également souligné « les principes historiques convenus par la Jordanie et la Palestine en vue d’exercer des efforts conjoints visant à protéger la ville et les lieux saints des tentatives israéliennes de judaïsation ».

Une réaction régionale mitigée

Alors qu’en 2014, la Jordanie a rappelé son ambassadeur pour protester contre les pratiques israéliennes sur le site, sa réaction à l’incident de vendredi dernier et à la fermeture de la mosquée a été plutôt discrète.

Le roi Abdallah a condamné l’attaque lors d’une conversation téléphonique avec Netanyahou et a vivement critiqué la fermeture de la mosquée décidée par Israël, exigeant sa réouverture.

Samedi soir, avant de partir pour sa visite d’État en France, Netanyahu a déclaré : « J’ai demandé à ce que des détecteurs de métaux soient placés aux portes d’entrée du mont du Temple. Nous installerons également des caméras de sécurité sur des poteaux situés en dehors du mont du Temple, mais qui donnent un contrôle presque total sur ce qu’il s’y passe.

« J’ai décidé que dès dimanche, dans le cadre de notre politique de maintien du statu quo, nous ouvrirons progressivement le mont du Temple, mais avec des mesures de sécurité renforcées. »

La déclaration de Netanyahou est contradictoire en soi car les mesures qu’il évoque ne font pas partie du statu quo. La Jordanie, pour sa part, n’a émis aucune autre réaction, ce qui est préoccupant pour les Palestiniens, qui s’attendaient à une action plus forte du roi.

Les Palestiniens sont également consternés par ce qu’ils considèrent comme une réaction discrète du monde arabe et musulman dans son ensemble à la fermeture de la mosquée – à l’exception du Qatar, dont le ministre des Affaires étrangères a déclaré que la fermeture d’al-Aqsa constituait « une grave violation des sites sacrés islamiques et une provocation pour des millions de musulmans à travers le monde ».

La Ligue arabe a demandé qu’al-Aqsa soit rouvert immédiatement et que cesse tout changement du statu quo. L’Égypte et la Turquie ont émis des déclarations plutôt clémentes. La Turquie a exprimé son regret pour l’incident, insisté sur la nécessité que le site reste ouvert et que sa fermeture par Israël soit immédiatement annulée.

Les inquiétudes concernant le troisième site le plus saint de l’islam déclenchent généralement des manifestations dans de nombreux pays arabes et musulmans, durant lesquelles l’on peut entendre les manifestants scander : « Nous sacrifierions notre vie et notre sang pour toi, al-Aqsa ». Ce slogan a été entendu à Jérusalem et en Jordanie, mais nulle part ailleurs.

En fait, la réponse globale du monde arabe et musulman est parmi les plus faibles jamais observées. Cela peut résulter de l’évolution du paysage politique au Moyen-Orient, qui a été provoquée par la récente visite du président américain Donald Trump dans la région et l’accent mis sur le terrorisme durant cette visite.

Après Riyad

Alors que les Palestiniens pourraient faire valoir que pour un peuple subissant une occupation illégale depuis 50 ans, les attaques contre « les forces d’occupation » constituent une forme légitime de résistance et non du terrorisme, le climat qui règne après la conférence de Riyad est moins favorable à cette idée.

La question du terrorisme, bien qu’aucune définition claire n’en ait émergé, est au cœur de l’impasse sans précédent entre le Qatar et quatre autres États arabes, y compris l’Égypte et l’Arabie saoudite.

L’ingérence d’Israël dans le droit des Palestiniens à bénéficier d’un accès sans entrave à al-Aqsa, accès qu’Israël pourrait rétablir progressivement, quoique selon des conditions sécuritaires plus strictes, a suscité leur colère, mais la situation ne retournera pas à ce qu’elle était avant l’attaque sans une action décisive de la Jordanie.

Alors que le monde arabe privilégie l’approche israélienne et américaine d’une paix régionale axée sur la normalisation, les autorités jordaniennes ont peut-être le sentiment qu’elles ne disposent pas du soutien de leurs frères arabes pour assurer le retour au statu quo.

La conclusion, pour le peuple palestinien, et en particulier pour les habitants de Jérusalem, est qu’ils ont été abandonnés.

Non seulement ils ont perdu le soutien de leurs frères et sœurs arabes et musulmans dans leur quête pour la libération, l’indépendance et la liberté, mais la défense d’al-Aqsa, chérie par 1,6 milliard de musulmans de par le monde, a été laissée aux 300 000 Palestiniens de Jérusalem, qui font face à un occupant particulièrement brutal et impitoyable.

Les ministres israéliens pourront se faciliter d’avoir su tirer profit de l’occasion de prendre le contrôle de ce site islamique vénéré, mais l’histoire montre qu’humilier les Palestiniens et écraser leurs espérances ne mènent qu’à davantage de violences.

 

Expecting more of the same for Palestinians

First published by the Arab Weekly on 25/12/2016

London – Palestinian Christians and Palestinian Muslims are looking back with deep concern at a year in which they saw their struggle for freedom and independence bat­tered.

The Palestinians end the year with no sign of reconciliation be­tween the main political factions Hamas, which rules the Gaza Strip, and Fatah, which governs the West Bank. Gaza’s siege continues unabated, Jewish settlements are expanding and Israeli settler in­cursions into Jerusalem’s al-Aqsa mosque grow in number and fre­quency.

Fatah’s seventh congress includ­ed a marathon 3-hour speech by Palestinian President Mahmoud Abbas that simply confirmed com­mitment to the established direc­tion of travel. Abbas was re-elected party chairman and he, in turn, re­affirmed his commitment to nego­tiations with Israel for the ultimate goal of a Palestinian state based on the 1967 borders with minor land swaps and with East Jerusalem as its capital and a fair resolution of the refugee problem.

The Palestinians find their cause, which once took centre stage, com­peting with Syria, Iraq, Libya and Yemen for international attention. Israel has benefited from the di­version of attention away from its continued illegal occupation of the Palestinian territories and its daily oppressive practices.

Israeli Prime Minister Binyamin Netanyahu repeatedly reminds his allies that Israel faces major threats in a tough neighbourhood. He claims that this is the wrong time for Israel to concede territory to the Palestinians, which may al­low either Hamas or the Islamic State (ISIS) to establish a foothold in the West Bank, threatening Tel Aviv and Ben Gurion International Airport.

The status quo is that Israel effec­tively controls the whole of historic Palestine, further colonises Pales­tinian land, judaises Jerusalem and blockades Gaza. The Palestinian Authority provides it with security cooperation that Abbas considers sacred. Israel is therefore comfort­able, despite occasional uprisings.

Add to that a deal with the out­going US administration to deliver $38 billion in military aid over the next ten years and a promise to protect it from any criticism or im­position of a peace deal at the UN Security Council and 2016 can be considered to have been an excel­lent year for the 68-year old state.

However, that is not the end of the good news for Israel. The 2016 Republican Party platform for the first time rejected the description of Israel as “an occupier”, omitted any mention of a two-state solu­tion and conflated settlements with Israel itself.

During the campaign, US Presi­dent-elect Donald Trump first de­clared his intention to be “neutral” on the Palestinians and Israel so as to broker a deal but he changed his tune when he spoke at the con­ference of the main Israel lobby group, the American Israel Public Affairs Committee. He not only de­clared his unwavering support for Israel but promised to move the US embassy from Tel Aviv to Jerusa­lem, a position his advisers reiter­ated after his election.

If implemented, this would break long-standing US policy and is guaranteed to generate unprec­edented anger among Palestinians and their supporters around the world.

US President Barack Obama has, it seems, given up on any last-minute moves to reignite the peace process or to impose some pres­sure on Israel through the Secu­rity Council. However, he remains committed to the two-state solu­tion, despite some senior Israeli of­ficials’ calls for it to be abandoned.

Speaking at the Saban Forum, an annual gathering of senior Israeli and US policymakers, US Secretary of State John Kerry concluded that “more than 50% of the ministers in the current Israeli government have publicly stated they are op­posed to a Palestinian state and that there will be no Palestinian state”.

He said Israeli settlement con­struction is a deliberate obstacle to peace and warned that such expansion was undermining any hope of a two-state solution. Kerry was speaking as the Knesset was about to move forward on a bill that would legalise illegal settle­ment outposts in the West Bank, despite the world being united in considering all settlements in the West Bank and East Jerusalem il­legal.

Efforts by France to have a peace conference before the end of the year also failed. French President François Hollande could not even convince Netanyahu to attend a pre-Christmas meeting with Abbas in Paris. Netanyahu would only ac­cept such an invitation if France gave up on its peace initiative, ren­dering the meeting useless.

Perhaps the real reason for Netanyahu declining the French invitation is that on January 20th Trump moves into the White House. Why engage with France or anyone else when Trump and his administration are making the right noises as far as Israel is concerned?

Trump’s election has further em­boldened Israeli leaders including Israeli Education Minister Naftali Bennett, who declared “Trump’s victory is an opportunity for Israel to immediately retract the notion of a Palestinian state in the centre of the country, which would hurt our security and just cause”. This conclusion by Bennett is a reflec­tion of Israeli thinking at the high­est level.

While many have been argu­ing for some time that Israel has been making a two-state solution impossible through changing the situation on the ground, it is now being declared dead by its main backer, the United States.

It is therefore likely that as the centenary of Balfour Declaration is marked in 2017, together with the 50th anniversary of the Israeli oc­cupation, we will be no nearer to a resolution to the conflict. With this the Palestinian leadership is likely to turn to international institu­tions, including the International Criminal Court, to pursue actions against Israel to at the very least remind the international commu­nity of the need to find a solution.

As for ordinary citizens around the world, it seems that support­ing the Palestinians through the boycott, divestment and sanctions movement (BDS) is the main form of effective solidarity they can exercise to help the Palestinians reach their legitimate goals of free­dom, equality and independence.

What hope is there for Palestinians?

First published by the Middle East Monitor 

15/7/2016

The situation for Palestinians pursuing freedom, independence and the right of return continues to worsen. The occupation continues unabated, Jerusalem is being Judaised at an alarming rate, the siege on Gaza is as tight as ever and the refugees continue to languish in camps and those in Syria are on the move once again looking for safety and shelter. The Oslo Accords, which were designed to bring peace and independence within five years have not only failed to yield peace but have provided cover for accelerated colonisation of Palestinian lands to the extent that there are now some 650,000 settlers in illegal settlements in the West Bank.

2016 has seen particularly damaging developments.

In the USA, all presidential candidates with the exception of Bernie Sanders swore allegiance to Israel and those that were still in the race made typically nauseating – and in my view irresponsible – speeches, again with the exception of Sanders. The presumptive Republican nominee Donald Trump initially indicated he would be “neutral” on Israel-Palestine, but this all changed when he faced the AIPAC audience. He firmly sided with Israel. His Republican opponent Hilary Clinton, a former secretary of State and wife of former President Bill Clinton, confirmed her blind support for Israel and the demonisation of the Palestinians. More recently, the Democratic party refused to include references to the occupation of Palestinian territories in its platform. Not to be outdone, the Republicans removed references to the “occupation” and dropped references to the two-state solution as the way to settle the conflict. This drew criticism even from the pro-Israel Anti-Defamation League (ADL). The Republican platform has effectively handed the future of the Palestinians to Israel leaving it to decide what a solution to the conflict might look like and in the process removing the two-state solution as the “only game in town”.

Internationally, Israel’s new Ambassador to the UN, Danny Danon will chair the Legal Affairs Committee of the General Assembly. A state, which is in breach of numerous United Nations resolutions chairing a committee on international law! Bouyed by this, Israel is even seeking membership of the UN Security Council whose key resolutions on the conflict it continues to defy.

In the UK, a new government has been formed with prominent pro-Israelis among its key ministers. The Prime Minister Theresa May is on record as siding with Israel. The new Foreign Secretary Boris Johnson, whose appointment has raised eyebrows, has a dubious but pro-Israel stance, exemplified by his remarks in Israel back in November 2015, which upset his Palestinian hosts so much that they gave him some BDS treatment, boycotting his visit. The Palestinians can be thankful that Michael Gove, a prominent Brexiter and former justice secretary, is not in the new government. He is a man who banned a Palestinian festival and more recently stated that “BDS is worse than Apartheid” smearing the whole campaign as anti-Semitic.

He will surely find a more prominent home in the Conservative Friends of Israel (CFI). CFI’s current Chair, former Communities Secretary Eric Pickles is a notorious apologist for Israel. He pressured Southampton University to cancel an academic conference on Israel in 2015 and more recently requested a review of the Department for International Development’s funding of the Occupied Palestinian Territories insinuating that funds make their way to terrorists. His intervention also suggested that funding should be diverted to coexistence projects as a means of supporting the two-state solution, when in fact projects to help reduce racism and increase coexistence within Israel would potentially be more beneficial to all its citizens. The UK bent the rules to shield former Israeli Foreign Minister Tzipi Livni from questioning about her possible role in war crimes by the British Police on a recent private visit and tried to stop local authorities from implementing their ethical procurement policies when it came to companies that are suspected in complicity in Israel’s illegal occupation.

To cap it all, the UK plans to mark the centenary of the notorious and shameful Balfour Declaration in 2017. This has already angered Palestinians and supporters of justice who see the declaration as having been instrumental in their dispossession, the creation of a colonialist entity on their lands and the creation of the ongoing refugee problem.

The recent row about anti-Semitism in the Labour party has thankfully subsided with the publication of the Chakrabarti report, which dismissed the existence of a major problem within the party and steered clear of redefining anti-Semitism to include criticism of Israel, which Israel and its supporters wish to conflate, However, this row has served to raise the pressure to silence criticism of Israel and to curtail free speech. The UK’s Chief Rabbi played his own role in this, implying that Zionism and anti-Semitism are indivisible and in the process implying that all Palestinians (as they oppose Zionism) as anti-Semites.

The exit of the UK from the EU raises uncertainty about the direction the EU will take on Palestine without the UK and indeed the UK’s own direction. This is likely to align it more with the American position, which is moving further away from the even unjust two-state solution that it once championed. There is an argument that the EU may be more robust in its approach to the conflict as the influence of the UK is eliminated. However, judging by the recent report of the Quartet, which the Palestinians found to be “disappointing”, there is no real evidence that this shift will take place. The French Initiative to hold a peace conference stutters along, directionless, having been rejected by Israel. Add to this, Israel’s rejection of the Arab Peace Initiative and hope of any move towards peace by the “international community” is fading fast.

To cap it all, Palestinians cannot rely on their Arab brothers. Israel claims its relations with key Arab states have never been better and the Egyptian foreign minister has just been to Israel on a rare and controversial visit. At a recent conference for Iranian dissidents in Paris, Prince Turkey Al-Faisal of Saudi Arabia described Hamas as a terrorist organisation. Add to this Turkey’s recent normalisation agreement with Israel which dropped its long held demand for an end to the siege on Gaza and the noose around the neck of hope for Palestinians has been tightened like never before.

On the ground in occupied Palestine the situation is grim. Israel continues to control every aspect of Palestinian life. Its forces continue to kill Palestinians at the slightest hint of suspicion that they intend to carry out an attack. They then lay siege on their villages and towns, demolish their homes and round up their relatives. Hebron has recently been under such a siege following allegations of a number of such attacks. The old city of Jerusalem continues to be the target of a policy to replace its residents with Jewish settlers and Al-Aqsa mosque is under threat from takeover by Jewish extremists.

With little hope, the Palestinians can be excused for asking: What are we to do? The pursuit of their freedom and independence through resistance, through both military and peaceful means has not succeeded. They are now feeling abandoned. If the international community expects them to behave like a model occupied people and submit, then it has not learnt the lessons of history. The Algerians resisted until they were free.

Professor Kamel Hawwash is a British Palestinian engineering academic based at the University of Birmingham. He is a commentator on Middle East affairs and is Vice Chair of the Palestine Solidarity Campaign (PSC) and the British Palestinian Policy Council (BPPC). He writes here in a personal capacity.