Les dirigeants palestiniens devraient se retirer poliment ou être renvoyés par le peuple

Translated from English

Published on the Middle East Eye édition française on 22/1/2018

Mahmoud Abbas va demander à l’Union européenne de reconnaître l’État de Palestine. Mais la cause et les sacrifices consentis par des millions de Palestiniens méritent beaucoup plus que ce que les dirigeants actuels ont accompli ou ne pourront jamais offrir

Lors de la dernière réunion du Conseil national palestinien à Ramallah, le président Mahmoud Abbas, en évoquant certaines des réussites palestiniennes des ces dernières années, a filé la métaphore du football.

Il a rappelé qu’en 1934, l’équipe palestinienne – battue un but à zéro – avait été privée par l’Égypte d’une place en Coupe du monde de football. Il leur a rappelé avec fierté qu’en 2009 la Palestine s’était classée 179e au classement mondial de la FIFA.

Elle est toutefois passée à la 80e place du classement récemment publié, alors qu’Israël se trouvait en 98e position, « malgré tous les efforts qu’ils ont déployés », a-t-il souligné.

Abbas attribue cette réussite aux efforts considérables de la Fédération palestinienne de football, mais ajoute toutefois qu’elle est aussi due au fait que le sport n’est pas politisé – et que quiconque voulant y participer peut le faire indépendamment de la faction politique à laquelle il appartient. Il a prédit en plaisantant qu’« un jour, nous pourrions même nous placer avant l’Amérique ».

Sa métaphore du football était intéressante, mais dans un sens différent.

La métaphore

Les dirigeants palestiniens pourraient-ils tirer des leçons de ce beau sport ? Si la Palestine était une équipe appartenant à l’une des leagues anglaises, comment son leadership gagnerait-il régulièrement, grimperait-il dans chaque ligue, serait-il promu et gagnerait-il ensuite le prix ultime du championnat voire (pour compléter la métaphore) sa liberté et son indépendance ?

En football, comme en politique, il faut créer des équipes gagnantes – sur le terrain comme en dehors des stades. Les clubs de football sont sur le marché pour détecter les talents, acheter les meilleurs joueurs du moment, mais aussi pour faire progresser ceux qu’ils ont déjà. Les pressions du jeu moderne sont telles qu’on ne peut se permettre de rester les bras croisés, d’autant plus quand on voit les équipes voisines renforcer leurs positions.

Si nous prenons la période des 23 ans écoulés depuis les accords d’Oslo, nous constatons que les Palestiniens s’éloignent de plus en plus de leur objectif mais, à la différence d’une équipe anglaise de football – qui ne cesse d’élaborer des stratégies, d’acheter et de vendre des joueurs et de changer d’entraîneurs –, l’équipe palestinienne a si peu été renouvelée.

Il est temps que les Palestiniens disent haut et fort que le leadership actuel fait partie du problème

Abbas et ses collègues les plus anciens ont entre 75 et 88 ans – quand on regarde des photos de la conférence du Conseil central palestinien (CCP), on peine à voir un jeune à la table d’honneur ou au premier rang.

Au cours d’un match, un entraîneur de football commencera par une formation donnée – censée être sa meilleure équipe – mais il la changera si les choses ne se passent pas comme prévu. Il misera parfois sur une formation défensive et parfois sur une formation offensive.

Il mettra certains joueurs au repos et placera sur le terrain des jeunes joueurs, pour qu’ils « se fassent les dents », contribuant ainsi à assurer fraîcheur et continuité. L’équipe palestinienne, elle, stagne depuis des décennies.

Le président palestinien Mahmoud Abbas, lors d’une réunion du comité exécutif de l’OLP, en avril 2015 à Ramallah, en Cisjordanie (AFP)

Alex Ferguson a connu 27 ans de succès à Manchester United. Il a construit une base – d’abord une équipe victorieuse – mais ses treize trophées de Premier League anglaise n’ont pas été remportés par la même équipe, mais par trois ou quatre.

Un grand nombre des principaux joueurs de l’équipe palestinienne sont toujours là, 24 ans après Oslo.

Un futur leadership

Si l’argument en faveur du maintien de la « vieille garde » palestinienne repose sur ses connaissances et son expérience, alors un examen attentif du côté opposé, Israël, balaie cet argument. En Israël, la « vieille garde » a largement disparu, laissant place à de « nouveaux talents », des Bennett, Shaked, Hotovely, ou encore Danon.

Il se trouve que ce sont des extrémistes et, sur la durée, leur leadership pourrait conduire Israël à l’isolement et au désastre (mais ce n’est pas le sujet). Ils ont eu l’occasion de développer leurs compétences politiques au plus haut niveau.

D’où viendra la prochaine génération de dirigeants palestiniens ? Peut-on en nommer cinq qui gagnent en notoriété ? Il est indubitable qu’un peuple qui compte près de quatorze millions d’habitants en Palestine historique, dans les camps de réfugiés, sans oublier ceux de la diaspora, et qui est très instruit, ne peut qu’avoir engendré un leadership dans l’attente d’émerger.

À 62 ans, Saeb Erekat est l’un des plus jeunes membres de la « vieille garde » palestinienne. Depuis la conférence de Madrid, il participe aux négociations – et, depuis 1995, en qualité de négociateur en chef palestinien. Il a démissionné à plusieurs reprises, mais sa démission n’a jamais été acceptée par le président Abbas.

Le leadership palestinien doit s’imposer des changements radicaux s’il espère se montrer à la hauteur des difficultés à venir. La cause, et les sacrifices consentis en son nom par des millions de Palestiniens, méritent beaucoup plus que ce que les dirigeants actuels ont accompli ou ne pourront jamais offrir.

Malgré la tradition du Moyen-Orient, de respecter les anciens et tenir en haute estime ceux qui, dans le passé, ont fait pour la cause d’énormes sacrifices, il arrive un moment où ils doivent prendre leur retraite avec grâce ou être renvoyés par le peuple palestinien.

Joueuses palestiniennes lors d’un match de qualification contre la Thaïlande, pendant la Coupe d’Asie de football féminin, à Al-Ram, en Cisjordanie, en avril 2017 (AFP)

Il est vrai que la tâche à laquelle sont confrontés les dirigeants palestiniens, jeunes ou vieux, expérimentés ou non, est énorme. Ils sont confrontés à un ennemi très organisé et stratège, qui en plus d’un siècle leur a volé leur patrie, tout fait pour la garder et, à terme, a la ferme intention de tous les en expulser. Qu’on ne se méprenne pas sur l’objectif ultime d’Israël.

Il est temps que les Palestiniens disent haut et fort que le leadership actuel fait partie du problème. Ils agissent en grande partie comme si la Palestine avait été libérée, comme un État en bonne et due forme, avec ses ministres, ses ministères et ses pièges du pouvoir. Or, en réalité, même Abbas a besoin d’une autorisation d’Israël pour se déplacer d’une ville à l’autre et le Premier ministre palestinien risque toujours d’être arrêté par l’armée israélienne en Cisjordanie pour un excès de vitesse.

Jeu à deux mi-temps

Mais les dirigeants palestiniens ont fait leurs plus grandes erreurs de jugement lors des négociations avec Israël, sous la direction d’Erekat – dont les concessions trop généreuses ont été dénoncées par Al Jazeera dans les journaux palestiniens –, notamment lorsqu’a été offert à Israël, sur un plateau, le « plus grand Jérusalem de l’histoire ».

Si Abbas a choisi de négocier avec Israël, c’est uniquement comme moyen de parvenir à la paix. Mais il a sous-estimé le parti pris de l’Amérique en faveur d’Israël, quelles que soient les administrations successives. Abbas avait-il vraiment besoin que Trump vende la mèche pour qu’Abbas comprenne que l’impartialité des États-Unis n’est qu’un simulacre ?

Même lorsqu’il a eu l’occasion de faire réellement pression sur Israël – comme avec l’arrêt de la Cour internationale de justice sur le mur de séparation et le rapport Goldstone –, Abbas et son équipe, n’en ont pas profité. Aucune de ces deux opportunités n’a été utilisée à bon escient.

Les dirigeants sont responsables de la décision de ne pas avoir tiré le meilleur parti du rapport et de la pensée dominante selon laquelle Israël serait d’une certaine manière, obligée de faire des concessions. Ils se sont lourdement trompés.

Le célèbre dirigeant de Liverpool, Bill Shankly, a déclaré : « Certains pensent que le football est une question de vie ou de mort. Je suis très déçu de cette attitude. Je peux vous assurer que l’enjeu est bien plus important que ça ».

Pour le peuple palestinien, la Palestine est bien plus qu’une question de vie et de mort et il veut voir ses dirigeants mettre la barre très haut. Ils pourraient prendre exemple sur un autre célèbre entraîneur de football anglais, Bill Nicholson, un ancien dirigeant de Tottenham, qui a déclaré : « Il est préférable d’échouer en ayant visé haut que de réussir en ayant visé bas. Et nous, les Spurs, avons placé la barre très haut, si haut en fait que même l’échec aura pour nous saveur de gloire ».

La lutte palestinienne contre le sionisme dure depuis longtemps. Selon une expression très répandue dans le football, il s’agit d’un « jeu à deux mi-temps ».

Si les Palestiniens considèrent les 70 dernières années comme la première mi-temps de la rencontre, c’est Israël qui a marqué le plus grand nombre de buts. Et s’ils veulent avoir une chance de retourner la situation dans les 70 prochaines années, en marquant le but de la victoire en fin de match, ils ont besoin d’une nouvelle équipe, une dream team dynamique, réactive, fertile en idées neuves et qui œuvre à développer une nouvelle stratégie de libération, comme jamais les dirigeants actuels n’en ont élaborée.

Il faut parfois être cruel pour faire du bien. Obtenir la libération exige d’urgence de souffler le coup de sifflet final et de se préparer à une fameuse contre-attaque.

 

– Kamel Hawwash est un professeur britannico-palestinien d’ingénierie à l’Université de Birmingham et un militant de longue date pour la justice, en particulier pour le peuple palestinien. Il est vice-président du British Palestinian Policy Council (BPPC) et membre du Comité exécutif de la Campagne de solidarité avec la Palestine (PSC). Hawwash apparaît régulièrement dans les médias comme commentateur sur les questions du Moyen-Orient. Il dirige le blog www.kamelhawwash.com. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @kamelhawwash. Il a rédigé cet article à titre personnel.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Photo : Le président Abbas préside une réunion du Comité exécutif de l’OLP au siège de l’Autorité palestinienne à Ramallah, en septembre 2017 (AFP).

Traduit de l’anglais (original) par Dominique Macabies.

Le pire accord de l’histoire ? Trump veut faire de Jérusalem la capitale d’Israël

Middle East Eye 6/12/2017

Année terrible pour les Palestiniens, 2017 pourrait s’achever sur une note encore plus amère puisque Trump s’apprête à offrir Jérusalem à Israël sur un plateau

Les Palestiniens espéraient que l’année 2017, qui marque le centenaire de la déclaration Balfour, les 70 ans de la Nakba et les 50 ans de l’occupation de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza par Israël, serait également marquée par les excuses du Royaume-Uni pour la déclaration Balfour et par la reconnaissance internationale de la nécessité de mettre un terme rapidement aux injustices qu’ils subissent depuis si longtemps.

Leurs espoirs ont été balayés.

Plutôt que de faire des excuses, la Grande-Bretagne a exprimé sa grande fierté quant au rôle qu’elle a joué dans la création d’Israël, dans le silence assourdissant de la communauté internationale.

La déclaration Trump

Tandis que les Palestiniens pansaient leurs blessures et menaçaient à nouveau de poursuivre les responsables israéliens devant la Cour pénale internationale (CPI), les pays arabes ont fait pression pour les en dissuader. L’administration Trump a menacé de fermer les bureaux de l’OLP à Washington si les Palestiniens entamaient leur démarche auprès de la CPI.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a été convoqué à Riyad pour se voir annoncer sans ambages qu’il n’avait d’autre choix que d’accepter l’accord de paix formulé par l’administration Trump ou de démissionner.

Il semblerait que l’annus horribilis 2017 puisse se terminer sur une note encore plus amère pour les Palestiniens. Et les spéculations vont bon train : une « autre déclaration » serait en préparation.

Selon plusieurs médias, le président américain s’apprêterait à émettre ce que l’on pourrait appeler la « déclaration Trump », selon laquelle les États-Unis reconnaissent Jérusalem comme capitale d’Israël. Un seul autre État considère cette allégation comme vraie : Israël.

Ce faisant, Trump va « offrir » la ville, sacrée pour les trois religions monothéistes, à un État extrémiste et colonisateur pour en faire sa capitale, au mépris du droit international et du « consensus international sur son statut ».

Les Palestiniens considèrent que Jérusalem-Est est leur capitale et la plupart des États considèrent qu’elle est actuellement occupée illégalement.

Lors de son discours à la conférence de l’AIPAC en 2015, Trump avait promis : « Nous transférerons l’ambassade américaine dans la capitale éternelle du peuple juif, Jérusalem ». Toutefois, lorsque l’opportunité de passer à l’action s’est présentée en juin, il s’est abstenu.

Pour ce faire, il avait signé une dérogation reportant le transfert de six mois. Trump a suivi en cela les pas de Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama qui avaient signé des dérogations similaires (35 au total) depuis l’adoption, à une écrasante majorité, du Jerusalem Embassy Act par les deux chambres du Congrès en 1995.

À mesure que le choix entre la dérogation et l’autorisation du transfert de l’ambassade approchait, Israël et le lobby pro-israélien américain ont exercé une pression croissante pour que Trump respecte la promesse qu’il avait faite avant d’être élu. Son ambassadeur en Israël, David Friedman, est sur le point de devenir le premier ambassadeur des États-Unis en Israël à opérer depuis Jérusalem.

« Si Trump reconnaît Jérusalem, sacrée pour les trois religions monothéistes, en tant que capitale d’Israël, il offrira la ville à un État extrémiste colonialiste » (AFP)

Jérusalem-Est et Jérusalem ouest

Dore Gold, ancien directeur-général du ministère israélien des Affaires étrangères, a déclaré devant le Congrès qui siégeait sur « les défis et les opportunités du déplacement » de la capitale : « le président Donald Trump s’est engagé à cet égard et je crois qu’il s’en tiendra à ce qu’il a dit », en référence à la promesse de Trump de transférer l’ambassade.

Le vice-président américain Mike Pence a fait naître l’espoir d’un possible transfert de l’ambassade lors de son discours à l’occasion d’un rassemblement en commémoration du 70e anniversaire de la résolution 181 de l’ONU qui prévoyait la partition de la Palestine mandataire en un État juif et un État arabe.

Il a choisi cette occasion pour annoncer que « le président Donald Trump étudi[ait] sérieusement quand et comment transférer l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem ».

Si cette spéculation se réalise, Trump décidera peut-être de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël, avec quelques réserves, tout en reportant à nouveau le transfert effectif.

Il envisagera même peut-être de faire la distinction entre Jérusalem-Est et Ouest comme le ministre russe des Affaires étrangères en avril dernier dans une déclaration en ces termes : « La Russie réaffirme son attachement aux principes approuvés par l’ONU pour un règlement du conflit israélo-palestinien, avec Jérusalem-Est comme capitale du futur État palestinien. En même temps, nous devons affirmer que, dans ce contexte, nous considérons Jérusalem-Ouest comme la capitale d’Israël. »

Toutefois, Trump est toujours imprévisible et pourrait aller jusqu’au bout en déclarant, en une trentaine de mots : « en tant que président des États-Unis, je suis fier d’annoncer que j’ai décidé de transférer l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem, la capitale éternelle du peuple juif ».

Il pourra soutenir qu’il ne fait qu’appliquer l’un des nombreux engagements qu’il a pris lors de la campagne électorale de 2016.

Les réactions arabes et musulmanes

Quelle serait la réaction en Palestine, en Israël et dans le reste du monde ? Cela enflammera-t-il les rues de Palestine, du monde arabe et du monde musulman ? Cela nous rapprochera-t-il d’une confrontation entre l’Iran et Israël ?

S’agira-t-il de la dernière goutte qui fera déborder le vase pour les dirigeants palestiniens ? Cela provoquera-t-il une rupture des relations entre l’OLP et les États-Unis, voire l’exécution de la menace souvent brandie d’une autodissolution de l’AP et de l’abandon par Mahmoud Abbas des clés de la Mouqata’a, son quartier général, à Benyamin Netanyahou ?

La colère sera-t-elle dirigée contre les États-Unis et leur président impulsif, contre la puissance occupante israélienne ou contre l’Autorité palestinienne et son président ? Nous vivons dans une époque tellement truffée d’incertitudes que n’importe lequel de ces scénarios est possible, voire une combinaison entre ces scénarios, alors qu’ils auraient été considérés comme impossibles autrefois.

Traduction : « La reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale israélienne malgré les résolutions de l’ONU détruirait tous les efforts déployés en faveur de la paix. Les tentatives d’annexion et les colonies doivent être condamnées et non encouragées. »

Le monde arabe, en proie aux troubles et dont le leadership est transmis à la prochaine génération dans certains pays, a relégué la question palestinienne derrière la menace de l’Iran, la « lutte contre le terrorisme » et le chaos qui continue de toucher un certain nombre de points chauds du « Printemps arabe ».

L’Autorité palestinienne a déjà formulé des mises en garde contre les conséquences désastreuses qui résulteraient d’une telle initiative et le président Abbas est entré en contact avec des dirigeants arabes et d’autres dirigeants mondiaux pour demander leur soutien afin de dissuader Trump d’agir de la sorte.

Peut-être a-t-il été rassuré par la déclaration du ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Joubeir, qui, lors d’une récente session du Dialogue méditerranéen à Rome, a affirmé que tout changement apporté au statut de Jérusalem-Est ferait enrager le monde arabe.

Poignée de mains entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à l’issue de déclarations faites à Jérusalem, en mai dernier (AFP)

Cependant, les rapports décrits comme étroits entre le gendre et conseiller de Trump Jared Kushner et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane semblent destinés à accabler davantage les Palestiniens afin de les forcer à céder du terrain à la place d’Israël. Si le prix du soutien américain apporté à l’Arabie saoudite contre l’Iran est la cession de Jérusalem, le jeune prince sera-t-il capable de résister ?

Même si Abbas a recueilli du soutien auprès de la plupart des destinataires de ses appels, il convient de se demander si cela se traduira par une pression suffisante. Les Palestiniens qui attendent une réponse plus ferme de l’Iran risquent d’être déçus.

Une stratégie de libération

Il est quasiment certain que les 193 pays qui reconnaissent la Palestine rejettent l’initiative. L’UE devrait la rejeter et maintenir sa position ; ses États membres devraient garder leur ambassade à Tel Aviv et peut-être même refuser de faire des affaires dans une ambassade américaine installée à Jérusalem.

Cependant, certains États qui se sont rangés du côté d’Israël à l’Assemblée générale des Nations unies, dont l’Australie et le Canada, pourraient être tentés de suivre le mouvement. En 2014, le procureur général australien a déclaré au Sénat que son pays ne reconnaîtrait plus Jérusalem-Est comme étant « occupée » et la considérerait de ce fait comme un territoire israélien.

Les premières indications nous orientent certainement vers des manifestations à Gaza et en Cisjordanie ; néanmoins, la plupart des Palestiniens ne peuvent atteindre l’ambassade américaine à Tel Aviv dans la mesure où ils ont besoin de permis pour entrer en Israël, ce qu’ils n’auront pas s’ils souhaitent y entrer dans ce but.

Les citoyens palestiniens d’Israël, qui constituent un cinquième de la population israélienne, tout comme d’autres Israéliens qui voient à quel point cette situation est problématique pour les perspectives de paix à long terme, pourraient rallier l’ambassade, mais ces protestations ont peu de chances d’être prolongées.

Cela représenterait un grand défi pour les Palestiniens de Jérusalem qui se sont soulevés l’été dernier contre la fermeture de la mosquée al-Aqsa en protestant pacifiquement jusqu’à la réouverture du lieu saint et jusqu’au retrait des mesures de sécurité qu’Israël souhaitait mettre en œuvre.

Ils pourraient protester devant le consulat américain à Jérusalem-Est, mais cela ne sera efficace que si une campagne organisée, qui exhorterait Trump à revenir sur sa déclaration et qui les inclurait, prend de l’ampleur et rencontre un succès rapide.

Les protestations seront donc plus probablement virtuelles, avec des « tempêtes de tweets » et des hashtags appropriés, ce qui pourrait permettre initialement de soulever le problème, sans toutefois donner lieu à un revirement de décision.

L’Autorité palestinienne a fondé toute sa stratégie pour résoudre le conflit israélo-palestinien sur une solution à deux États avec Jérusalem-Est comme capitale d’un futur État palestinien, ce qui fait de Jérusalem-Est une ligne rouge.

À LIRE : EXCLUSIF : Pour les Palestiniens, l’« accord ultime » de Trump est un ultimatum

Si celle-ci est franchie, qu’offrirait donc réellement l’« accord ultime » de Trump ? Des fuites ont indiqué que les questions de Jérusalem et du droit au retour des réfugiés seraient reportées, mais que les colonies israéliennes seraient maintenues et qu’aucun colon ne serait obligé de partir.

Le moment semble venu pour Abbas de s’inspirer de la fameuse politique du Brexit employée par la Première ministre britannique Theresa May, selon laquelle l’absence d’accord est meilleure qu’un mauvais accord, et de s’en arrêter là.

S’il doit être question aujourd’hui d’un « mercredi noir » et si Trump reconnaît Jérusalem en tant que capitale d’Israël, alors il sera sûrement temps pour l’AP de se dissoudre et pour les Palestiniens de développer leur stratégie de libération et de quête de leurs droits.

À moins, bien sûr, que l’Autorité palestinienne n’ait un plan « malin » qu’Abbas cacherait si bien contre sa poitrine qu’il n’en aurait discuté avec personne pour éviter les fuites.