Le pire accord de l’histoire ? Trump veut faire de Jérusalem la capitale d’Israël

Middle East Eye 6/12/2017

Année terrible pour les Palestiniens, 2017 pourrait s’achever sur une note encore plus amère puisque Trump s’apprête à offrir Jérusalem à Israël sur un plateau

Les Palestiniens espéraient que l’année 2017, qui marque le centenaire de la déclaration Balfour, les 70 ans de la Nakba et les 50 ans de l’occupation de la Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza par Israël, serait également marquée par les excuses du Royaume-Uni pour la déclaration Balfour et par la reconnaissance internationale de la nécessité de mettre un terme rapidement aux injustices qu’ils subissent depuis si longtemps.

Leurs espoirs ont été balayés.

Plutôt que de faire des excuses, la Grande-Bretagne a exprimé sa grande fierté quant au rôle qu’elle a joué dans la création d’Israël, dans le silence assourdissant de la communauté internationale.

La déclaration Trump

Tandis que les Palestiniens pansaient leurs blessures et menaçaient à nouveau de poursuivre les responsables israéliens devant la Cour pénale internationale (CPI), les pays arabes ont fait pression pour les en dissuader. L’administration Trump a menacé de fermer les bureaux de l’OLP à Washington si les Palestiniens entamaient leur démarche auprès de la CPI.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a été convoqué à Riyad pour se voir annoncer sans ambages qu’il n’avait d’autre choix que d’accepter l’accord de paix formulé par l’administration Trump ou de démissionner.

Il semblerait que l’annus horribilis 2017 puisse se terminer sur une note encore plus amère pour les Palestiniens. Et les spéculations vont bon train : une « autre déclaration » serait en préparation.

Selon plusieurs médias, le président américain s’apprêterait à émettre ce que l’on pourrait appeler la « déclaration Trump », selon laquelle les États-Unis reconnaissent Jérusalem comme capitale d’Israël. Un seul autre État considère cette allégation comme vraie : Israël.

Ce faisant, Trump va « offrir » la ville, sacrée pour les trois religions monothéistes, à un État extrémiste et colonisateur pour en faire sa capitale, au mépris du droit international et du « consensus international sur son statut ».

Les Palestiniens considèrent que Jérusalem-Est est leur capitale et la plupart des États considèrent qu’elle est actuellement occupée illégalement.

Lors de son discours à la conférence de l’AIPAC en 2015, Trump avait promis : « Nous transférerons l’ambassade américaine dans la capitale éternelle du peuple juif, Jérusalem ». Toutefois, lorsque l’opportunité de passer à l’action s’est présentée en juin, il s’est abstenu.

Pour ce faire, il avait signé une dérogation reportant le transfert de six mois. Trump a suivi en cela les pas de Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama qui avaient signé des dérogations similaires (35 au total) depuis l’adoption, à une écrasante majorité, du Jerusalem Embassy Act par les deux chambres du Congrès en 1995.

À mesure que le choix entre la dérogation et l’autorisation du transfert de l’ambassade approchait, Israël et le lobby pro-israélien américain ont exercé une pression croissante pour que Trump respecte la promesse qu’il avait faite avant d’être élu. Son ambassadeur en Israël, David Friedman, est sur le point de devenir le premier ambassadeur des États-Unis en Israël à opérer depuis Jérusalem.

« Si Trump reconnaît Jérusalem, sacrée pour les trois religions monothéistes, en tant que capitale d’Israël, il offrira la ville à un État extrémiste colonialiste » (AFP)

Jérusalem-Est et Jérusalem ouest

Dore Gold, ancien directeur-général du ministère israélien des Affaires étrangères, a déclaré devant le Congrès qui siégeait sur « les défis et les opportunités du déplacement » de la capitale : « le président Donald Trump s’est engagé à cet égard et je crois qu’il s’en tiendra à ce qu’il a dit », en référence à la promesse de Trump de transférer l’ambassade.

Le vice-président américain Mike Pence a fait naître l’espoir d’un possible transfert de l’ambassade lors de son discours à l’occasion d’un rassemblement en commémoration du 70e anniversaire de la résolution 181 de l’ONU qui prévoyait la partition de la Palestine mandataire en un État juif et un État arabe.

Il a choisi cette occasion pour annoncer que « le président Donald Trump étudi[ait] sérieusement quand et comment transférer l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem ».

Si cette spéculation se réalise, Trump décidera peut-être de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël, avec quelques réserves, tout en reportant à nouveau le transfert effectif.

Il envisagera même peut-être de faire la distinction entre Jérusalem-Est et Ouest comme le ministre russe des Affaires étrangères en avril dernier dans une déclaration en ces termes : « La Russie réaffirme son attachement aux principes approuvés par l’ONU pour un règlement du conflit israélo-palestinien, avec Jérusalem-Est comme capitale du futur État palestinien. En même temps, nous devons affirmer que, dans ce contexte, nous considérons Jérusalem-Ouest comme la capitale d’Israël. »

Toutefois, Trump est toujours imprévisible et pourrait aller jusqu’au bout en déclarant, en une trentaine de mots : « en tant que président des États-Unis, je suis fier d’annoncer que j’ai décidé de transférer l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem, la capitale éternelle du peuple juif ».

Il pourra soutenir qu’il ne fait qu’appliquer l’un des nombreux engagements qu’il a pris lors de la campagne électorale de 2016.

Les réactions arabes et musulmanes

Quelle serait la réaction en Palestine, en Israël et dans le reste du monde ? Cela enflammera-t-il les rues de Palestine, du monde arabe et du monde musulman ? Cela nous rapprochera-t-il d’une confrontation entre l’Iran et Israël ?

S’agira-t-il de la dernière goutte qui fera déborder le vase pour les dirigeants palestiniens ? Cela provoquera-t-il une rupture des relations entre l’OLP et les États-Unis, voire l’exécution de la menace souvent brandie d’une autodissolution de l’AP et de l’abandon par Mahmoud Abbas des clés de la Mouqata’a, son quartier général, à Benyamin Netanyahou ?

La colère sera-t-elle dirigée contre les États-Unis et leur président impulsif, contre la puissance occupante israélienne ou contre l’Autorité palestinienne et son président ? Nous vivons dans une époque tellement truffée d’incertitudes que n’importe lequel de ces scénarios est possible, voire une combinaison entre ces scénarios, alors qu’ils auraient été considérés comme impossibles autrefois.

Traduction : « La reconnaissance par Trump de Jérusalem comme capitale israélienne malgré les résolutions de l’ONU détruirait tous les efforts déployés en faveur de la paix. Les tentatives d’annexion et les colonies doivent être condamnées et non encouragées. »

Le monde arabe, en proie aux troubles et dont le leadership est transmis à la prochaine génération dans certains pays, a relégué la question palestinienne derrière la menace de l’Iran, la « lutte contre le terrorisme » et le chaos qui continue de toucher un certain nombre de points chauds du « Printemps arabe ».

L’Autorité palestinienne a déjà formulé des mises en garde contre les conséquences désastreuses qui résulteraient d’une telle initiative et le président Abbas est entré en contact avec des dirigeants arabes et d’autres dirigeants mondiaux pour demander leur soutien afin de dissuader Trump d’agir de la sorte.

Peut-être a-t-il été rassuré par la déclaration du ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Joubeir, qui, lors d’une récente session du Dialogue méditerranéen à Rome, a affirmé que tout changement apporté au statut de Jérusalem-Est ferait enrager le monde arabe.

Poignée de mains entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à l’issue de déclarations faites à Jérusalem, en mai dernier (AFP)

Cependant, les rapports décrits comme étroits entre le gendre et conseiller de Trump Jared Kushner et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane semblent destinés à accabler davantage les Palestiniens afin de les forcer à céder du terrain à la place d’Israël. Si le prix du soutien américain apporté à l’Arabie saoudite contre l’Iran est la cession de Jérusalem, le jeune prince sera-t-il capable de résister ?

Même si Abbas a recueilli du soutien auprès de la plupart des destinataires de ses appels, il convient de se demander si cela se traduira par une pression suffisante. Les Palestiniens qui attendent une réponse plus ferme de l’Iran risquent d’être déçus.

Une stratégie de libération

Il est quasiment certain que les 193 pays qui reconnaissent la Palestine rejettent l’initiative. L’UE devrait la rejeter et maintenir sa position ; ses États membres devraient garder leur ambassade à Tel Aviv et peut-être même refuser de faire des affaires dans une ambassade américaine installée à Jérusalem.

Cependant, certains États qui se sont rangés du côté d’Israël à l’Assemblée générale des Nations unies, dont l’Australie et le Canada, pourraient être tentés de suivre le mouvement. En 2014, le procureur général australien a déclaré au Sénat que son pays ne reconnaîtrait plus Jérusalem-Est comme étant « occupée » et la considérerait de ce fait comme un territoire israélien.

Les premières indications nous orientent certainement vers des manifestations à Gaza et en Cisjordanie ; néanmoins, la plupart des Palestiniens ne peuvent atteindre l’ambassade américaine à Tel Aviv dans la mesure où ils ont besoin de permis pour entrer en Israël, ce qu’ils n’auront pas s’ils souhaitent y entrer dans ce but.

Les citoyens palestiniens d’Israël, qui constituent un cinquième de la population israélienne, tout comme d’autres Israéliens qui voient à quel point cette situation est problématique pour les perspectives de paix à long terme, pourraient rallier l’ambassade, mais ces protestations ont peu de chances d’être prolongées.

Cela représenterait un grand défi pour les Palestiniens de Jérusalem qui se sont soulevés l’été dernier contre la fermeture de la mosquée al-Aqsa en protestant pacifiquement jusqu’à la réouverture du lieu saint et jusqu’au retrait des mesures de sécurité qu’Israël souhaitait mettre en œuvre.

Ils pourraient protester devant le consulat américain à Jérusalem-Est, mais cela ne sera efficace que si une campagne organisée, qui exhorterait Trump à revenir sur sa déclaration et qui les inclurait, prend de l’ampleur et rencontre un succès rapide.

Les protestations seront donc plus probablement virtuelles, avec des « tempêtes de tweets » et des hashtags appropriés, ce qui pourrait permettre initialement de soulever le problème, sans toutefois donner lieu à un revirement de décision.

L’Autorité palestinienne a fondé toute sa stratégie pour résoudre le conflit israélo-palestinien sur une solution à deux États avec Jérusalem-Est comme capitale d’un futur État palestinien, ce qui fait de Jérusalem-Est une ligne rouge.

À LIRE : EXCLUSIF : Pour les Palestiniens, l’« accord ultime » de Trump est un ultimatum

Si celle-ci est franchie, qu’offrirait donc réellement l’« accord ultime » de Trump ? Des fuites ont indiqué que les questions de Jérusalem et du droit au retour des réfugiés seraient reportées, mais que les colonies israéliennes seraient maintenues et qu’aucun colon ne serait obligé de partir.

Le moment semble venu pour Abbas de s’inspirer de la fameuse politique du Brexit employée par la Première ministre britannique Theresa May, selon laquelle l’absence d’accord est meilleure qu’un mauvais accord, et de s’en arrêter là.

S’il doit être question aujourd’hui d’un « mercredi noir » et si Trump reconnaît Jérusalem en tant que capitale d’Israël, alors il sera sûrement temps pour l’AP de se dissoudre et pour les Palestiniens de développer leur stratégie de libération et de quête de leurs droits.

À moins, bien sûr, que l’Autorité palestinienne n’ait un plan « malin » qu’Abbas cacherait si bien contre sa poitrine qu’il n’en aurait discuté avec personne pour éviter les fuites.

 

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